Prédication du dimanche 3 avril 2011 à St Paul Trois Châteaux

Publié le par E.R.F. - Valréas - Saint Paul Troix Châteaux

Prédication du dimanche 3 avril 2001

à Saint Paul Trois Châteaux

par le Pasteur  Jorg Meuth

(pasteur retraité, installé à Vallon Pont d’Arc)

 

Epître : Ephésiens 5, 8 à14

Evangile : Jean 9, 35-41

 

L’épître d’aujourd’hui nous montre les conséquences de la lumière de la foi, si elle se lève dans une vie humaine. Ecoutons bien l’épître aux Ephésiens, quelques versets du chapitre 5 :

            Autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, vous êtes lumière dans le Seigneur.            Vivez en enfants de lumière. Et le fruit de la lumière s’appelle bonté, justice,

            Vérité. Discernez ce qui plaît au Seigneur. Ne vous associez pas aux œuvres

            Stériles des ténèbres ; démasquez-les plutôt. Ce que ces gens font en secret, on

            a honte même d’en parler ; mais tout ce qui est démasqué, est manifesté par la

            lumière, car tout ce qui est manifesté est lumière. C’est pourquoi l’on dit : Eveille-

            toi, toi qui dors, lève-toi d’entre les morts, et sur toi le Christ resplendira.

 

L’Evangile de ce dimanche est le récit de la guérison de l’aveugle-né. Jean consacre tout un chapitre de son évangile à ce récit. Il raconte la guérison de l’aveugle-né, et ensuite, il montre comment les supérieurs du peuple juif ont examiné le cas. Il s’avère que ces supérieurs, hautement érudits et pleins de zèle religieux, sont incapables de reconnaître Jésus comme celui qu’il est en vérité. Ils bannissent l’aveugle-né de la ville pour se débarrasser de lui et de son témoignage. Nous écoutons la fin de ce récit qui se trouve dans l’Evangile de Jean, au chapitre 9, les versets 35 à 41 :

            Jésus apprit qu’ils avaient chassé l’aveugle guéri de la ville. Il vint alors le trouver

            Et lui dit : « Crois-tu, toi, au Fils de l’homme ? » 

            Et lui de répondre : « Qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »

            Jésus lui dit : « Eh bien ! Tu l’as vu, c’est celui qui te parle ».

            L’homme dit : « Je crois, Seigneur », et il se prosterna devant lui.

            Et Jésus dit alors : « C’est pour un jugement que je suis venu dans le monde,

            Pour que ceux qui ne voyaient pas voient, et que ceux qui voyaient deviennent

            Aveugles, nous aussi ? »

            Jésus lui répondit : « Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché.

            Mais à présent vous dites « nous voyons » : ainsi votre péché demeure.

 

 

Bien chers amis,

            Vous les connaissez comme moi, ces protestants, ces huguenots bien fiers de l’être, mais qui n’ont pas besoin de vivre ou seulement d’approfondir leur foi. Des gens qui  « ne pratiquent pas »  comme on dit. Bien sûr, ils se disent fort attachés à leur protestantisme natal. Ils sont même religieux – et c’est ainsi que le protestantisme français se trouve, actuellement, dans un déclin impitoyable, tandis que les sondages publiques nous parlent toujours de plus d’un million de protestants pour l’ensemble de l’Hexagone…..

 

Or, notre évangile d’aujourd’hui nous dira comment juger – et non, pas des autres, mais de nous-mêmes. Comment savoir où tu en es avec ta foi, avec ton protestantisme, avec ce qu’on appelle couramment  « la confession » - sans toujours se rendre compte de ce qu’on dit avec le mot  « confession »….

Le miracle de la guérison de l’aveugle-né parle de manière surprenante de l’aveuglement extérieur et intérieur à la fois.

Un aveugle-né recouvre la vue. Par la rencontre avec le Christ, une lumière inattendue et nouvelle surgit dans son existence. Elle lui permettra de VIVRE – à vitre pleinement. Là où il n’y avait jusqu’à maintenant que tâtonnement et errance, là où régnait l’obscurité, la recherche, la soif de vivre sans fin – l’aveugle-né découvre un monde tout nouveau. Il arrive à faire des pas assurés.

Celui qui, jusqu’à présent, était totalement recroquevillé sur lui-même, arrive à ouvrir ses yeux. Il devient capable de lever le regard, de rencontrer l’AUTRE, et de chercher des horizons nouveaux. Il saura relever des défis, il arrivera à envisager des chemins à entreprendre. Il deviendra prêt à découvrir et à aborder ses compagnons de route, ses sœurs et ses frères…

On pourrait imaginer qu’il voudrait immédiatement retourner vers celui qui lui a ouvert les yeux pour le remercier (et ceci malgré toutes les difficultés apparentes qui se sont produites pour lui à la suite de sa guérison). Mais le récit nous dit le contraire : C’est Jésus qui va le chercher ! Jésus va à sa rencontre. Et c’est ainsi que cet aveugle guéri arrive à rencontrer – en Jésus – l’homme qui lui a très concrètement ouvert l’accès à la vie, qui lui a transmis la volonté salutaire de Dieu.

Ce n’est pas pour rien qu’il l’appelle  « prophète » : c’est le titre le plus fort que cet homme a à sa disposition pour exprimer que l’Esprit de Dieu est vraiment sur ce Jésus qui l’a arraché à l’obscurité et qui lui a ouvert les yeux pour la vie, pour le monde, pour ses compagnons de route.

 

Mais par la parole de Jésus il découvre encore davantage : Car Jésus vient le rencontrer UNE NOUVELLE FOIS. Eh oui : l’existence dans la foi, ce n’est jamais seulement l’enracinement dans une tradition religieuse dans laquelle on est né. Ce n’est pas non plus un apprentissage fait, une fois pour toutes, au catéchisme. L’existence dans la foi, c’est comme un feu. Vous le savez certainement : un feu ne brûle qu’à condition d’être nourri, d’être maintenu. Et si tu ne t’y opposes pas, c’est le Christ lui-même qui va entretenir ce feu de la foi dans ton cœur !  C’est lui qui te cherche, qui t’interpelle, qui ne te lâche pas : le Christ ne lâche ni n’oublie personne à qui une fois il a ouvert les yeux !  Et il lui arrive toujours à nouveau de poser – de TE poser la question décisive :

« Crois-tu, toi, au Fils de l’homme ? »

Crois-tu  que dans ce fils d’un petit artisan de Nazareth, l’Eternel même est présent parmi nous, donc Dieu lui-même ?  Crois-tu que le Christ est donc la révélation ultime du Dieu créateur , qu’il est l’Amour de Dieu, devenu existence humaine, pour mener sa création entière à l’amour, à la paix, à la justice ?

 

Crois-tu que dans cet homme, Jésus, il y a deux mille ans, et dans ce coin perdu de notre monde, en Israël, le Créateur de l’Univers est devenu homme ?

Crois-tu que dans sa parole, aujourd’hui encore, l’appel décisif se fait entendre, cet appel, cette parole vivifiante et créatrice qui t’ouvre les yeux pour le salut, apparu une fois pour toutes, pour chacun de nous ?

 

Dans cette question du   Fils de l’homme – question existentielle qui se pose à nous tous – nous trouvons, en effet, le concentré, le milieu, l’essentiel de toute la révélation de Jésus-Christ : de celui qui est pleinement homme – et pleinement Dieu à la fois. De celui qui, une fois pour toutes, est venu au monde pour lui révéler son sens, sa direction, son but, toute sa raison d’être.

 

Dans le Fils de l’homme donc, toute recherche, toute question humaine trouvera son but, sa réponse. En lui l’histoire humaine (et aussi ma petite vie personnelle !) trouve son juste milieu – et je  peux faire ouvrir mes yeux par lui, par son enseignement, par sa vie et sa parole – pour le voir, moi aussi !

 

Ce que la parole du Christ annonce ici, ce n’est pas une spéculation, ce n’est pas seulement une idée ou une consolation en vue d’un avenir incertain.

« Tu l’as VU ! », dit Jésus.

Toi qui étais aveugle, toi qui n’as rien pu voir, tu as rencontré la lumière. Toi qui étais las et paralysé, tu as connu ce dynamisme qui a mis ta vie en mouvement. Toi qui étais isolé et déçu, tu as été mis en contact avec les humains, tu as été arraché à l’obscurité qui t’entourait. 

C’est ainsi que – d’une manière très concrète – la vérité de Dieu est devenue TA vérité. C’est ainsi que l’amour de Dieu est devenu réalité concrète qui a changé ton existence, pour ouvrir les portes de ta vie à une orientation de vie toute nouvelle.

Tu l’as VU – et il t’a adressé sa PAROLE !

Et maintenant, bien sûr, il importe de ne pas passer sans la voir, de ne pas laisser passer le Christ sans se faire illuminer son chemin par lui.

            Permettez-moi d’insister sur un fait énormément important : Dieu vient dans notre monde, il vient te trouver – mais il ne s’imposera jamais à personne ! Le Dieu de l’amour veut l’amour, non pas la dépendance, et sûrement pas la servitude.

Or, l’amour ne peut exister que là où il y a liberté. Voici pourquoi Dieu nous a donné, en Jésus, la liberté. La merveilleuse liberté des enfants de Dieu dont parlera Paul, la libération de toute angoisse et de toute insécurité, la libération de toute peur des châtiments de Dieu et de sa colère. Et pourtant, la Bible parle à tant de reprises d’une manière très sévère, très dure du jugement, de la décision qui, avec le Christ, est apparue dans notre monde.

Notre évangile d’aujourd’hui en parle aussi, puisque par et dans la parole de Jésus se décide effectivement si je me laisse ouvrir les yeux ou pas.

Relisez le récit de l’aveugle-né et vous verrez : Pour lui faire gagner la vue, tout d’abord Jésus l’a touché, la « manipulé » (dans le sens primaire et profond du mot). Ensuite il lui a dit d’aller se laver au lac de Siloë. Jésus ne fait pas tout ! Pour recouvrer la vue, l’aveugle doit faire quelque chose. Il ne suffit pas de laisser agir Jésus. Il faut aussi répondre activement à son appel !

C’est vrai pour tous les aveugles-nés, donc pour nous aussi ! C’est de cela que dépend notre vie à nous, elle aussi ! C’est de cela que dépend si je saisirai la vie – ou si je suivrai aveuglement mes propres idées et projets…

Etre aveugle pour l’essentiel,  être aveugle face à la présence de l’amour de Dieu, aveugle pour la présence du Salut définitif dans nos luttes de tous les jours : cet aveuglement, la Bible l’appelle « péché ». Nous voici donc en face  du péché dans son sens primaire, et le plus profond : dans le sens de la DIVISION ; Or, nous avons pris l’habitude de penser le péché surtout en termes morales, et de culpabilité. Mais cela peut nous conduire dans l’erreur. Bien sûr, si tu es éloigné de Dieu et de l’amour, cela va te conduire assez facilement aussi dans des défaillances morales – mais pour savoir comment s’en sortir, il est important de voir la différence entre la cause et les effets. Or, du péché peut naître la culpabilité (au moment où il m’arrive, par exemple, de faire tomber, aveuglément, d’autres avec moi dans le fossé, au lieu de les emmener à la lumière). Voici pourquoi Jésus avertit ceux qui se prennent pour bien voyants, les pharisiens de tous les temps – qui prennent si facilement des prescriptions d’hommes pour la parole de l’Eternel, qui font si souvent tourner la liberté de l’évangile en loi pesante, en commandement trop étroit.

Or, Jésus veut nous faire trouver la vue, nous aussi. Il nous libère pour le voir, notre sauveur, pour découvrir l’amour incarné du père – et pour recevoir, à travers ce qu’il nous dit, la Parole du Père éternel, cette Parole qui nous ouvre les yeux – pour enfin, voir l’Essentiel – et pour vivre à sa lumière.

 

Amen.

Publié dans Prédications

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