Prédication du samedi 6 octobre 2012 à St Paul Trois Châteaux

Publié le par E.R.F. - Valréas - Saint Paul Troix Châteaux

 

culte du 06/10/2012 à St Paul Trois Châteaux

 

 

 

Frères et sœurs,

 

Nous arrivons au tout début du second article de foi du Credo avec tout ce qui concerne ici le Fils et avant de parler du Fils, le mot précisément utilisé est le nom de Jésus. Avant de lui donner des titres messianiques, c'est un simple nom d'homme qui le désigne.

 

Et avec cette première remarque, nous avons de quoi être pris de vertige. Nous sommes au cœur de la foi chrétienne, une foi provocante, une foi extrêmement dérangeante, avant d'être réconfortante.

 

Au fond, jusqu'ici, tout était normal : Je crois en Dieu, le père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre. Dans ce premier article du Credo, le ton et le contenu sont relativement en ligne avec une déclaration religieuse de bon aloi. Même si déjà nous avons repéré des indices de contenus à surprise, il n'y rien de choquant, rien d'anormal dans ce premier article.

 

En revanche, tout bascule avec le début du deuxième paragraphe : « je crois en Jésus ». Ici, nous sommes en pleine contradiction, en plein paradoxe, en pleine déroute.

 

Avec un aplomb fantastique dont il nous faut absolument retrouver la valeur et la saveur, le Credo met sur le même plan : je crois en Dieu et je crois en Jésus. Il n'y a pas un autre nom par lequel nous puissions être sauvés écrit Luc dans les Actes. C'est dire que le nom de Jésus, un être humain n'est pas plus petit que celui de Dieu.

 

La foi en Dieu le créateur et la foi en Jésus un être humain ! Il y a dans ce rapprochement, dans ce traitement identique de Dieu et de Jésus quelque chose qui a de quoi choquer tout être humain soucieux de la grandeur et de l'honneur de Dieu. Le créateur et la créature sont considérés de la même manière et tous les deux objets de la proclamation de la foi.

 

Il y a là quelque chose de renversant, d'inacceptable et même de blasphématoire pour un juif ou pour un musulman. Pour les musulmans, les chrétiens sont des idolâtres car ils mettent justement un être humain sur le même plan que Dieu.

 

Et pourtant, c'est cela la foi chrétienne, telle qu'elle est résumée sans fard dans le Credo et telle qu'elle se donne à lire dans les Écritures.

 

La foi en Dieu le Père et la foi en Jésus sont de même nature, sont les deux versants d'une même révélation, d'une même foi, d'un même salut.

 

Cette affaire est si choquante, que même dans le Christianisme il y a des théologiens qui se sont efforcés, notamment dans les courants libéraux d'atténuer la portée de ce deuxième article ; pour eux, Jésus n'est pas Dieu. Il n'est pas le Fils de Dieu, il est un Messie parmi d'autres.

 

Il y a quelque chose de vraiment novateur et révolutionnaire à faire du Christianisme. Dieu créateur du ciel et de la terre n'est connaissable que par Jésus, un être humain qui a vécu brièvement sur cette terre dans un petit pays ravagé et qui est mort d'une manière honteuse.

 

La plénitude de ce que nous pouvons savoir sur Dieu, de ce qui est nécessaire et possible de connaître sur Dieu, se donne en Jésus, dans sa personne. Il n'est pas encore ici question au début du deuxième article de Credo, de ses titres ni de son identité. Il n'est question que de sa personne et de son nom, un nom d'être humain.

 

J'en arrive à mon deuxième point pour vous dire qu'il y a là un axe central et un sommet de la révélation biblique. Cette juxtaposition de Dieu et d'un être humain nous montre que la Révélation de Dieu est en même temps, dans le même mouvement, une révélation sur l'être humain.

 

Malgré le fait que nous ne sommes pas Dieu, Dieu a décidé de faire quelque chose avec nous, quelque chose de grand quelque chose qui témoigne de lui. Dieu a fait une alliance avec les êtres humains.

 

C'est un être humain qui va révéler Dieu aux hommes. C'est Jésus. L'humanité n'est pas fichue, elle n'est pas discréditée aux yeux de Dieu. Nous, nous sommes souvent désespérés par la vie du monde et la bêtise des humains, mais Dieu nous redonne confiance en nous. La foi chrétienne, c'est aussi une confiance possible en l'être humain, une confiance qui ne se fonde pas sur nous, ce serait justement impossible ! Mais qui se fonde sur Dieu, et sur Jésus.

 

Pour Dieu, l'être humain est la mesure de tout. Et dans notre société très matérialiste, le début du deuxième article du Credo nous enseigne que pour Dieu qui a créé le ciel et la terre, son attention se concentre sur l'humain et non sur les objets qu'il a créés. Ce qui est important, c'est la personne humaine et non les choses, les objets, les tâches, les idées, les valeurs, les fonctions, les rôles sociaux, les qualités et les défauts des gens …

 

Les choses sont importantes : les objets matériels, les nourritures, les idées aussi avec lesquelles nous vivons, les événements, mais toutes ces choses sont d'une manière absolue au second plan derrière les personnes, derrière chaque personne qui reste une énigme, un mystère représenté par son nom.

 

Malgré deux mille ans de christianisme, nous en sommes encore au balbutiement et chacun de nous doit se mettre à l'école de Dieu, pour voir le monde comme lui, comme toujours relié à des personnes dans leur individualité.

 

La troisième chose que je voudrais relever avec vous concerne Jésus.

 

Dans les Actes nous avons lu tout à l'heure : « le salut ne se trouve en aucun autre, car il n'y a sous le ciel aucun autre nom par lequel nous devions être sauvés ».

 

Le nom de Jésus signifie justement Dieu sauve « Yeshou-a ».

 

Tout à l'heure je vous disais que toute la révélation de Dieu se concentrait avec la plus grande rigueur, en Jésus. Et bien maintenant, on peut dire aussi que tout en Jésus, tout dans sa personne désigne l'intention salvatrice de Dieu, l'acte Sauveur de Dieu, la volonté de salut de Dieu.

 

Tout dans sa personne, tout dans son nom parle de Dieu. Jésus est la parole de Dieu et il accomplit les œuvres du Père.

 

En Jésus, le mal n'a pas de place, toute sa vie est dédiée à Dieu le Père.

 

L'article 1 du Credo confesse la foi en Dieu Créateur, l'article 2 commence par Jésus Sauveur. Parmi de nombreux commentateurs, Karl Barth relève avec génie un point que je souhaite vous faire remarquer : nous sommes sauvés, oui, mais de quoi ?

 

Nous passons de la création au salut, sans passer par la case péché, perdition, chute.

 

Le Credo enchaine l'acte créateur de Dieu et la mission salvatrice de Jésus, sans perdre la moindre once de temps pour nous parler du péché. La parenthèse est déjà fermée. Cela peut nous suggérer une ou deux pistes de réflexions et de changements :

 

  • d'abord celle-ci : ne soyons pas nous-même trop obnubilés par le péché. Jésus ne fait aucun discours sur le péché et sur la mort : il agit contre, il nous en sauve, il nous en tire. Nous préférons souvent de longs discours déprimants sur le mal et peu d'actions sur les remèdes. La pédagogie divine est d'une autre nature : elle parle des remèdes plutôt que des problèmes. Elle parle du Salut plutôt que du péché. Ce n'est pas le péché qui nous conduit au salut, c'est le salut qui nous permet de découvrir un peu et rétrospectivement ce que c'est que le péché.

  • Ensuite nous découvrons la grande continuité entre la création de Dieu et son plan de Salut. Quand Dieu crée le monde, le salut du monde est déjà là, présent dans son dessein, prêt à se déployer en Jésus.

    L'incarnation de Jésus n'est pas un plan « B », un rattrapage pour sauver le monde d'une malheureuse erreur de programmation. La création comportait déjà le salut et le salut révélé par Jésus Christ atteste la solidité de la création, malgré tout ce que nous pouvons en penser avec nos petites intelligences.

Amen !

 

Publié dans Prédications

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