Prédication du dimanche 20 septembre 2009 à St. Paul Trois Châteaux

Publié le par E.R.F. - Valréas - Saint Paul Troix Châteaux

Frères et soeurs,

 

Ce Psaume est un extraordinaire chant d'émerveillement. Pour que l'on ne se trompe pas, la première et la dernière strophes sont identiques et encadrent tout le psaume :

 

« Notre Seigneur, que ton nom est magnifique sur toute la terre ! »

 

Voilà une acclamation somptueuse, étincelante. C'est à trois niveaux que nous allons voir cette louange se déployer concrètement : la terre, les bébés et l'humanité.

 

Chacun de ces trois niveaux va nous apprendre un peu mieux ce que c'est que louer Dieu.

 

Le premier niveau est celui de la création tout entière : « Ton nom est magnifique sur toute la terre ! »

 

En citant « toute la terre », ce Psaume nous invite à rentrer dans un mouvement plus grand que nous, plus vaste que le cercle intime de nos proches de nos amis.

 

Vivre devant Dieu nous entraîne à une communion sans frontière avec tout ce qui vit sur la terre. Chaque fois que nous oublions tout ce qui nous relie devant Dieu à la terre entière, nous malmenons la terre elle-même et la création que Dieu nous a confiée.

 

 Parfois, dans la vie avec Dieu, il existe une attitude méfiante et remplie de soupçons et de peurs par rapport au monde. C'est un peu comme si plus on était proche de Dieu, plus on devrait s'éloigner du monde. Parfois le monachisme catholique est tombé dans ce défaut, mais dans le protestantisme aussi nous connaissons cette réalité. Une mauvaise spiritualité et une mauvaise lecture de la Bible coupent les ponts entre ceux qui s'estiment croyants et le reste du monde. Il n'en est rien !

 

Pour la Bible d'une manière radicale, plus on est proche de Dieu, plus on aime Dieu, plus alors on aime le monde. Et on l'aime d'autant mieux qu'il n'est pas toujours aimable. On l'aime avec lucidité, indulgence, patience, on l'aime comme Dieu l'aime ! En prenant part à sa vie.

 

La louange authentique relie le croyant à tout ce qui vit sous le ciel, sur la terre.

 

Nous entendons tous les jours parler de mondialisation en bien ou en mal. Mais depuis 5.000 ans nous découvrons que le monde biblique, l'Ancien comme le Nouveau Testament est une pensée à l'échelle du monde. Les lecteurs de la Bible n'étaient pas repliés sur leur petite vie. Sans avion, sans internet, sans télévision, ils savaient  que leur vie était profondément reliée devant Dieu, à une réalité universelle.

 

La deuxième enseignement de la louange est, dans ce psaume, l'évocation surprenante des enfants et des bébés.

 

« Par la bouche des enfants, des nourrissons, tu as fondé une force, à cause de tes adversaires, pour imposer silence à l'ennemi vindicatif »

 

La puissance de Dieu n'est pas en effet de la même nature que les puissances humaines. Dieu donne de la force à ce qui en manque. L'apôtre Paul dira : « c'est dans la faiblesse que je suis fort ».

 

La croix de Jésus, c'est à dire le moment où il est le plus faible est devenu le moment de la seule victoire qui ait jamais été remportée sur la mort.

 

L'ancien Testament a préparé cette inversion des valeurs et ce renversement des hiérarchies. Rappelez-vous le petit David oublié de ses grands frères, oublié même de son père, est précisément celui qui est choisi par Dieu pour devenir le plus grand roi d'Israël. C'est lui qui triomphera du géant Goliath. Rappelez-vous le petit Samuel, ce petit enfant ignorant qui entendait la voix de Dieu et confond le vieux prêtre Elie défaillant. Rappelez-vous le petit Jérémie jeune et faible qui tiendra tête aux rois et au peuple entier. Rappelez-vous Saul de Tarse devenu Paul, le petit, Paul l'avorton comme il se nomme, devenu le premier apôtre.

 

Dieu choisit les choses faibles et humbles de ce monde pour confondre les grandes et les puissantes.  Jésus dira : « le plus grand dans le Royaume de mon Père est le serviteur de tous ».

 

Il fait plus que le dire quand lui, le Roi des rois, il lave les pieds de ses disciples. Il illustra ainsi le renversement des valeurs établies. Ce qui est grand est en réalité petit et ce qui est considéré comme petit, insignifiant est au contraire l'objet d'un soin particulièrement important.

 

Ce n'est pas un motif paradoxal, une sorte d'originalité bizarre de la Bible, c'est beaucoup plus que cela. En fait, d'un bout à l'autre de la Révélation biblique, Dieu prend comme référence ce qui est petit et pauvre.

 

Le choix d'Israël comme peuple élu n'obéit pas à une autre raison. Dieu n'a pas choisi le peuple le plus docile, le plus intelligent, le plus fort. Il a choisi le plus petit, le plus rebelle et le plus lent à comprendre.

 

Pourquoi fait-il tout cela : pour nous. Nous pouvons tous comprendre que si Dieu aime et sauve le plus faible, le plus débile, alors nous avons tous nos chances. Il y a une conséquence éthique à ceci : nous ne pouvons pas nous désintéresser de la personne du petit et du pauvre lorsque nous parlons de la marche et de la construction du monde, alors qu'ils sont au cœur du dessin de Dieu.

 

Lorsque nous regardons le monde pour louer Dieu, tel qu'il se révèle dans la Bible, notre regard change et nous apprenons à regarder le monde comme Dieu le voit, avec une autre hiérarchie des valeurs. Des personnes sans valeur dans le monde deviennent importantes et des personnes réputées très importantes retrouvent une place plus modeste et plus humble.

 

Le troisième niveau où la louange s'émerveille dans ce psaume est celui de l'humanité tout entière.

 

L'humanité est placée à une place éminente dans le monde, à peine moins qu'un Dieu « lorsque je regarde  ton ciel, œuvre de tes doigts, la lune et les étoiles que tu as mises en place, qu'est-ce que l'homme pour que tu t'occupes de lui ? Tu l'as fait de peu inférieur à un Dieu, tu l'as couronné de gloire et de magnificence, tu lui as donné la domination sur l'œuvre de tes mains. Tu as tout mis sous ses pieds »

 

Et suit ensuite une énumération étonnante : « moutons et chèvres, tous ensemble et même les bêtes sauvages, les oiseaux du ciel et les poissons de la mer, et tout ce qui parcourt les sentiers des mers »

 

La responsabilité de l'humanité ne concerne pas seulement les zones cultivées et les animaux domestiques, mais elle s'étend aussi à ce qui dans ce monde est encore hostile, sauvage et lointain.

 

La louange responsabilise l'humanité dans le monde. Nous avons un mandat de gérance du monde qui nous a été confié par Dieu. Nous avons une autorité à exercer dans le monde et sur lui.

 

Pour que cette autorité s'exerce avec sagesse, l'humanité  doit sans cesse se rappeler qu'elle collabore avec Dieu pour garder le monde, pour embellir la création et non la détruire et la piller. 

 

Est-ce que vous rendez compte de la conséquence de ceci ? Cela signifie que votre activité, votre travail dans le monde, votre activité professionnelle, mais aussi vos activités familiales, votre activité de bénévoles, d'amateurs, votre activité militante, sociale, politique a une importance extraordinaire. L'activité humaine dans le monde est l'exercice de cette gestion que Dieu nous a confiée.

 

Nos actions, nos engagements ne sont pas peu de choses, insignifiants, ils ont au contraire une très grande importance car, par toute notre vie, nous prolongeons l'action bienfaisante de Dieu. Voilà ce que doit être, ce que peut être notre activité humaine.

 

L'évocation des animaux sauvages et dangereux est incluse dans cette action. Et face aux dangers, aux menaces, nous pouvons nous sentir démunis et découragés. Nous pouvons alors lire ce psaume comme une prophétie qui annonce la victoire du Christ lui-même sur toute adversité : « Dieu a tout mis sous ses pieds et il l'a donné comme tête au dessus de tout » (Ep 1, 22)

 

Marchons dans le monde à Sa suite, en louant Dieu !

 

Amen

 

Publié dans Prédications

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