Prédication du dimanche 9 octobre 2011 à Valréas

Publié le par E.R.F. - Valréas - Saint Paul Troix Châteaux

(Gn18,1-15) Culte du 9 octobre 2011 à Valréas.

 

Les chênes de Mamré


"L’Éternel lui apparut parmi les chênes de Mamré."

Frères et sœurs,

L'histoire que je viens de vous lire a inspiré André Roublev, lorsqu'il a peint la célèbre icône de la Trinité. Le récit de l'hospitalité d'Abraham a en effet eu un impact prodigieux dans l'histoire religieuse de l'humanité.

Il faut en effet relever que le récit comporte une ambiguïté sur la nature de ces hôtes de passage. S'agit-il d'êtres humains ou s'agit-il de d'êtres divins ?

Et bien les deux : Il s'agit d'êtres humains car ils marchent, ils mangent, ils se salissent, ils parlent, ils voyagent. Il s'agit d'êtres humains car on n'a jamais vu personne d'autre faire ces choses et il faudra le Christ pour que l'on voit le Fils de Dieu devenir un être humain lui aussi, marcher, manger, se laver, parler. Dans la scène suivante que nos n'avons pas lue, ces inconnus deviennent même scandaleusement l'objet de la convoitise sexuelle des habitants de Sodome. Indubitablement, tout au long du récit de l'hospitalité d'Abraham, ces 3 inconnus sont présentés comme des êtres humains.

Mais les trois visiteurs d'Abraham sont aussi présentés comme des êtres surnaturels. 5 Indices au fil du texte : 1) L'introduction du récit nous dit avec précision : "L’Éternel apparut à Abraham parmi les chênes de Mamré." Il s'agit donc ici d'une révélation spéciale de Dieu 2) l'hospitalité inouïe que réserve Abraham à ces visiteurs. A titre d'exemple la fleur de farine était réservée à la table des rois et aux offrandes dans le temple de Jérusalem. 45 litres pour un seul repas est bien au delà de la mesure humaine pour se nourrir. 3) les inconnus prophétisent et reprennent à leur compte la promesse faite 25 ans plus tôt par Dieu à Abraham d'avoir une descendance et plusieurs fois renouvelée depuis. Mais cette fois-ci la promesse se précise : dans un an, un enfant naîtra. Par ailleurs, les 3 inconnus connaissent le nom de Sara qui est restée cachée dans la tente comme il se doit pour une épouse à cette époque (!). 4) La suite du récit que nous n'avons pas lue relate la destruction de la ville de Sodome, montre les pouvoirs surnaturels de ces inconnus : frapper de cécité les hommes de Sodome, faire descendre sur cette ville le feu du ciel, et changer la femme de Loth en statue de sel. 5) le dernier indice appartient aux bizarreries du texte : le constant passage du singulier au pluriel quand Abraham s'adresse aux inconnus soit comme s'ils étaient une seule entité, soit comme s'ils étaient trois. Et encore lorsque au début, les trois inconnus semblent tout proche d'Abraham devant ses yeux, alors que pourtant Abraham se lève et court à leur rencontre comme s'ils étaient encore loin. Dieu proche et lointain.

Ce récit particulier fait qu'Abraham est considéré comme le père des croyants, car il est vraiment le seul à avoir reçu une visite si étrange qui mêle autant d'éléments inouïs qui préparent de très loin l'incarnation de Dieu en un homme, Jésus de Nazareth.

Je vous ai apporté une reproduction de l'icône de la Trinité peinte par Roublev au XV° siècle, que l'on appelle encore l'icône de l'hospitalité d'Abraham.

Je voudrais attirer votre attention sur un détail de l'icône, qui est le seul élément figuratif qui reste du récit du repas offert par Abraham : c'est l'arbre qui est là. Nous allons nous concentrer maintenant sur cet arbre.

Lorsqu’ Abraham est arrivé dans la Terre Promise, il a fait la première halte à Mamré (Gn 12,6). Après toutes sortes de péripéties, il est revenu s'y établir (Gn 14,13). Et notre passage commence à nouveau par l'évocation des chênes de Mamré.

Or, dans la Bible le comportement des hommes, leurs affections, leurs sentiments, leurs problèmes ou leur joie sont presque toujours associés à un arbre ou une plante. Et au-delà du simple aspect ornemental, poétique, des enseignements nous sont donnés par la référence aux végétaux.

Le chêne représente un arbre colossal, une masse de puissance incomparable. Un bois dur, profondément enraciné, dont la longévité est très grande et qui peut atteindre une taille gigantesque. Abraham se tient dans l'ombre des chênes de Mamré. Il aime se tenir ici. Lui le déraciné, lui le vieillard qui a laissé son père, pour  la promesse étrange d'une terre qu'il a dû quitter en raison de la famine, il est là dans l'ombre des chênes de Mamré.

Il avait 75 ans quand il s'est mis en route. Sa femme en avait 65. Il n'avait pas d'enfants. 25 ans sont maintenant passés et aucun enfant n'est encore venu. Or, c'est manifestement trop tard.

Il y a eu aussi le conflit avec Loth, son neveu. Abraham est devenu riche, mais la Bible nous raconte que, par peur, il a fait passer sa femme pour sa sœur, à deux reprises auprès du Pharaon et d'Abimélek pour qu'elle puisse coucher avec eux en évitant qu'il ne soit tué.

Abraham est là sous les chênes avec son attente gigantesque et ses déceptions. Ses regrets et ses chagrins sont aussi grands et enracinés dans sa vie que les chênes de Mamré. Abraham vit dans l'ombre de ses tristesses et de ses malheurs qui sont bien enracinés dans sa vie. Ainsi le chagrin ressemble à un chêne planté dans notre vie par un deuil, un grand malheur ou une épreuve cruelle.

Abraham vit dans cette ombre. Elle le rassure. Les psychologues nous redisent à l'occasion qu'il est parfois bien confortable de rester dans l'ombre de son malheur. Lui au moins, on le connaît. Pour sortir de son chagrin et de son amertume, il faudrait prendre un risque que l'on n'ose plus prendre, celui de connaître une déception encore plus grande, celui d'une nouvelle trahison après celle qui nous a fait tant souffrir.  Il faudrait avoir des forces dont on ne se croit plus capable. On est parfois protégé – protection illusoire – par son malheur. Celui-là au moins on le connaît, on sait même s'il est dur, qu'on peut vivre avec. On s'y complait, parce qu'on a peur dans vivre dans un plus grand malheur encore.

Alors il y a une question que je vous pose : Qu’allez-vous faire de tout ce qui vous fait souffrir encore aujourd'hui, de ce qui vous empêche d’avancer ?

La peine, le chagrin sont à l’image du chêne, qui est plus grand que vous ; il vous dépasse, il vous submerge. Ses racines sont inextricables et s’incrustent dans tout votre être allant même jusqu’à apparaître dans votre comportement sous forme de peur, de nervosité, de dérobade. Le chagrin qui perdure ne produit aucun fruit utile à l’être humain, tout comme le chêne. Ces fruits sont amertume, révolte,  dépression, perte de confiance en soi. Tout comme le chêne, le fardeau que nous portons vient parfois de plus loin que nous et nous le laisserons dernière nous à nos enfants. Il n’est pas rare dans nos communes de rencontrer des chênes plusieurs fois centenaires. Et dans notre vie, il est parfois certaines peines que l'on se transmet de génération en génération.

L'étymologie du mot « chêne » en hébreu et en latin est devenue dans ces langues un adjectif pour désigner quelque chose de particulièrement dur.

Mais ce que je note pour vous, c’est qu’Abraham a rencontré Dieu sous les chênes de Mamré, lui qui connaissait bien des chagrins et des peines dans sa vie : le deuil de son père, l’isolement loin de chez lui, l’épreuve de sa femme sans enfant, les soucis avec Loth, les espérances inachevées.

Ce que nous voyons dans ce récit, c'est que Dieu prend l'initiative et vient au devant d'Abraham. Dieu rejoint Abraham dans son coin sombre et c’est ainsi que Dieu va devenir sa force au sein de sa faiblesse, et la bénédiction, la promesse tant attendue vont enfin arriver. C’est ainsi  en recevant une visite extraordinaire sous son grand chêne qu’Abraham est devenu le père de tous les croyants, un véritable exemple.

Et vous, qu’allez vous faire de tout ce qui vous fait souffrir, de ce qui vous empêche d’avancer ? Pour triompher de votre peine, et enfin recevoir votre consolation, laissez le Seigneur venir jusqu’à vous sous ce chêne-là. Dieu veut déraciner ce chêne de larmes de votre existence, mais c’est sans doute cette rencontre qu’il veut vivre avec vous aujourd’hui !

Nous prions :

Vois Seigneur ce chêne immense qui est dans ma vie ; c'est là que tu veux venir à nouveau aujourd'hui ou une première fois. Je viens t’y inviter avec mes larmes. Tu mets en moi le désir, la possibilité et la volonté de me séparer de toutes ces souffrances qui me pèsent et m’empêchent d’avancer. Merci car tu veux transformer mon torrent de larmes en cris de joie. Au nom de Jésus, dans la puissance de l'Esprit.

Amen !

 

 

 

 

Publié dans Prédications

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