Prédication du dimanche 3 octobre 2010 à St Paul Trois Châteaux

Publié le par E.R.F. - Valréas - Saint Paul Troix Châteaux

 

 

culte à St Paul Trois Châteaux du 3 octobre 2010 (Ex7-26b)

 

Frères et sœurs,

 

 

La semaine dernière nous avons déjà lu cette page de la Bible et vu que le mot qui ,en hébreu, veut dire « grenouilles » désigne aussi l'essor des connaissances.

 

Aujourd'hui nous revenons sur cet épisode pour en explorer trois autres parties : le pire, la prière et le répit.

 

Le pire tout d'abord. Aaron fait venir des grenouilles qui envahissent tout le pays. Il y en a partout. Ce qui est frappant, c'est que les magiciens officiels de l'Egpyte, en voyant ce désastre, vont le reproduire :

 

« Mais les magiciens avec leurs sortilèges firent de même : ils firent monter les grenouilles sur le pays d'Egypte »

 

Déjà, après la première plaie d'Egypte, lorsque Aaron eut étendu son bâton sur les eaux du Nil et que Dieu eut changé les eaux de l'Egypte en sang, nous avons pu lire « les magiciens d'Egpyte firent de même ».

 

Une première fois auparavant, les magiciens de Pharaon ont accompli le même prodige qu'Aaron. Celui-ci a jeté son bâton sur le sol et il est devenu un serpent. Les magiciens de Pharaon ont reproduit exactement le même phénomène.

 

A trois reprises en tout, et à deux reprises devant une catastrophe, les magiciens d'Egypte, au lieu de combattre la calamité, au lieu d'en défaire les effets, la reproduisent, l'aggravent, en augmentent les conséquences.

 

Les répétitions dans la Bible nous indiquent toujours quelque chose d'important.

 

Ici, quelque chose de pitoyable nous est montré : les magiciens, c'est à dire des hommes de science pour l'époque, des hommes influents, qui ont de réelles connaissances et de réelles capacités les exercent dans une mauvaise direction. Ils ne peuvent finalement que reproduire le mal qui les frappe. Ils sont incapables de le combattre. Il sont en fait incapables, ne serait-ce que d'en limiter les dégâts.

 

Il y a là dans cette histoire qui se répète la description de notre condition humaine et un rappel du statut de nos pouvoirs.

 

Aaron est inspiré par Dieu lorsqu'il tend sa main et son bâton sur les eaux du Nil pour faire sortir les grenouilles. D'où vient le pouvoir des égyptiens qui font exactement la même chose ? De la magie ! C'est à dire d'une science occulte.

 

Nous aurions tort de penser que de telles choses sont aujourd'hui sans importance et sans effet. La magie et la sorcellerie existent de nos jours comme jadis et nous y sommes confrontés. Dans l'histoire de l'eau changée en sang et des grenouilles, l'intervention divine et l'intervention magique sont identiques. Et nous pouvons être confrontés parfois à la nécessité de discerner ce qui vient de Dieu et ce qui n'en vient pas. Ce récit nous aide en nous donnant une précieuse et utile indication.

 

La seule chose qui va les distinguer dans le court terme, c'est que Aaron obéit sur l'ordre explicite de Dieu et que son geste, pour être efficace, ne compte que sur l'accomplissement de la parole de Dieu. La magie de Pharaon ne prend pas en compte la gloire de Dieu que précisément, elle rejette.

 

J'en arrive maintenant au deuxième point que je vous ai annoncé : la prière. Pharaon semble céder, il demande à Moïse de prier pour lui et pour son peuple. Il semble reconnaître à cet instant la gloire de Dieu. Nous savons que cette pieuse intention sera de courte durée. Moïse, pour bien montrer que c'est Dieu qui règne effectivement, demande à quel moment le Pharaon veut voir son pays libéré de cette invasion infecte. Et l'histoire se poursuit en nous enseignant quelque chose d'important sur la prière.

 

A l'heure dite, le lendemain, « Moïse cria vers le Seigneur ».

 

Il y a ici dans l'attitude de Moïse un modèle à suivre aujourd'hui. Moïse prie pour ceux qui oppriment son peuple, il demande une faveur pour ceux qui sont humainement parlant ses ennemis, des ennemis cruels et sans scrupules, des ennemis sans parole et qui ont trahi déjà une fois leur promesse.

 

Nous prions pour nos proches et nos amis, nous prions pour ceux qui nous sont chers, et nous avons raison, mais prions-nous pour ceux qui nous accablent ? Prions-nous pour que Dieu leur accorde une faveur ? Prions-nous, comme Moïse en criant, c'est à dire avec un réel engagement de tout son être et non pas du bout des lèvres ?

 

Une telle prière est difficile. Elle est même impossible si Dieu ne la met pas lui-même sur notre cœur et sur nos lèvres. Mais toute l'œuvre de Jésus est de nous permettre d'intercéder de la même manière en faveur de ceux que la jalousie, le mensonge et l'aveuglement poussent à nous faire du mal.

 

Moïse prie pour Pharaon, il prie pour les magiciens, il prie pour toute la population du pays, car il sait que la libération que Dieu a entreprise pour les siens les concerne aussi.

 

J'en arrive au troisième point : le répit.

 

Il y a quelque chose encore à remarquer dans cet épisode. Après l'eau changée en sang, Pharaon s'est endurci sans céder, sans même paraître ému. En voyant que ses magiciens faisaient la même chose qu'Aaron, il est reparti chez lui sans être ému. Mais ici à la deuxième plaie il semble céder. Il reconnaît l'autorité de Dieu, il supplie Moïse de prier Dieu et il promet de laisser partir le peuple pour aller adorer Dieu. Mais une fois libéré des grenouilles, voyant qu'il a un nouveau répit, Pharaon change d'avis et ne tient pas ses promesses.

 

Il y a là quelque chose à méditer sur la manière dont Dieu agit. Il est tout à fait remarquable de constater que Dieu procède en faisant confiance à Pharaon, en prenant la parole de ce dernier au sérieux, en lui faisant crédit, en lui donnant du répit. On voit que Dieu protège le Pharaon et les Egyptiens dont les actions sont pourtant abominables et odieuses.

 

Dieu ne veut pas les écraser et triompher par la force de son bras. Il ne veut pas provoquer une rupture brutale et soudaine. Dieu veut prendre le temps, un temps incroyablement long, un temps qui sera et qui est déjà tout rempli de trahison.

 

Cela nous rappelle ce que l'apôtre Paul dira à propos de l'amour de Dieu : « il ne soupçonne pas le mal, il espère tout, il croit tout, il supporte tout, il excuse tout » (1 Co 13, 5-7).

 

L'attitude de Moïse, le serviteur fidèle de Dieu, consiste à tenter de recréer l'estime perdue. Son comportement consiste à réintégrer Pharaon et son peuple dans une démarche commune positive. Moïse contre toute attente raisonnable, continue de faire confiance à la parole de Pharaon, une parole qui a pourtant été prise en défaut. Nous entrevoyons là ce qu'est la patience de Dieu et ce que doit être la patience de ceux qui servent Dieu. Faire crédit encore et encore, recommencer, malgré toutes les raisons raisonnables de rompre.

 

Dieu, et Moïse avec lui, montrent au Pharaon deux choses : la première est que le Seigneur est vivant et qu'il faut le respecter. La seconde que Pharaon n'est pas exclu de cette œuvre de libération. Pharaon, s'il craint Dieu, peut vraiment tenir sa place, il est appelé lui aussi à obéir au vrai Dieu en écoutant sa Parole et en laissant sortir son peuple.

 

Cette manière de procéder est remarquable car elle tisse des liens nouveaux entre Moïse et Pharaon.

 

Humainement parlant, nous dirions que les choses se dégradent de plus en plus, mais en réalité, spirituellement parlant, entre Dieu, Moïse et Pharaon, des liens nouveaux sont et seront proposés : la confiance est proposée à chaque étape, des preuves de cette confiance seront données sans cesse jusqu'au dernier moment. Moïse retournera voir souvent Pharaon dans un esprit d'ouverture, de confiance, de proposition sincère.

 

C'est ainsi que nous pouvons nous aussi travailler longtemps avec ceux qui nous sont hostiles, avec ceux qui ne nous comprennent pas, pour ceux qui trahissent leur parole envers nous d'une manière répétée, en recherchant leur bien, en priant pour eux, en ouvrant de nouvelles possibilités. Sans naïveté idéaliste, mais en honorant ceux qui ont failli à l'honneur, en recréant de l'estime pour ceux qui ont dégradé leur propre parole.

 

C'est ainsi que l'amour de Dieu gère ceux qui vivent dans la peur et le mal en créant un nouveau bien et une nouvelle justice.

 

C'est ainsi que Dieu a agi avec nous, avec patience.

 

Amen !

 

Publié dans Prédications

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