Prédication du dimanche 28 mars 2010 - Valréas

Publié le par E.R.F. - Valréas - Saint Paul Troix Châteaux

(Marc 11, 1)

 

Frères et sœurs,

 

Depuis Noël, nous avançons chaque dimanche dans le cours de l'Evangile de Marc avec un fil conducteur insolite : celui des animaux. Je pense que, comme moi, vous avez pu être surpris de la place que tiennent les animaux dans la Bible, non pas comme ornements, comme accessoires, mais comme véritablement porteur d'enseignements.

 

Aujourd'hui, c'est le fameux texte des Rameaux, l'entrée de Jésus à Jérusalem. Et ici encore, en 11 versets, 2 animaux tiennent une place décisive, deux animaux mentionnés dans les 4 Evangiles : un âne et des colombes.

 

La présence de ces animaux nous est familière. L'épisode des Rameaux est souvent représenté dans les tableaux et  les gravures et, immanquablement, l'âne est dessiné ou peint. De même les oiseaux. J'ai personnellement le souvenir impressionné devant un livre pour enfants : La vie de Jésus où l'on voyait Jésus avec son fouet, chassant les marchands, renversant leurs tables et libérant les pigeons.

 

Depuis plusieurs mois maintenant, je vous invite à relire ces passages bibliques à partir des animaux qui sont mentionnés, de leur place dans la Bible et de ce que représentent ces animaux pour notre humanité.

 

Nous allons donc commencer par l'âne. L'entrée royale de Jésus dans la capitale se fait sur un âne. Ce n'est pas un choix par défaut. C'est d'une manière tout à fait spéciale que Jésus a choisi d'entrer sur un âne. Les 4 évangiles sont unanimes à rappeler les circonstances étonnantes dans lesquelles Jésus, on se sait pas comment, sait qu'un âne sera préparé pour lui, un âne que ses maîtres laisseront partir sans protester. Circonstance étonnante, c'est que l'âne est en fait un ânon que nul n'a jamais monté. Depuis les villages de Bethphagé et Béthanie, il envoie ses disciples chercher cet animal et tout se passe exactement comme prévu. Circonstance étonnante, c'est que l'âne est en fait un ânon que nul n'a jamais monté. Non dressé, l'ânon se révèle mystérieusement docile.

 

Cette histoire d'âne est une des énigmes des récits évangéliques. La seule conclusion certaine que l'on puisse retirer de ce récit étrange est que tout est raconté de telle sorte que l'on comprenne bien que Jésus a voulu faire son entrée royale dans Jérusalem monté sur un petit âne. Ce n'est pas par hasard que cela s'est passé ainsi. C'était l'effet d'une volonté résolue et minutieusement déployée dans les moindres détails. Pourquoi ?

 

Le cheval est une monture de guerre. Le roi victorieux entre dans la ville conquise ou rentre dans sa capitale pour un triomphe une fois la guerre gagnée. Le cheval est donc associé à la guerre, au fléau, à la lutte.

 

L'âne est une bête de somme. Un animal fait pour le travail. Or, le travail des paysans, des meuniers, des commerçants est incompatible avec la guerre. L'âne est l'animal de la paix. L'âne est aussi un animal royal, mais c'est la monture des rois après la victoire, lorsque celle-ci a été célébrée et que la paix stable est instaurée.

 

S'il l'avait voulu, Jésus aurait pu monter un cheval, il aurait affirmé ainsi sa victoire, sa victoire sur le péché, sa victoire sur la mort, sa victoire sur le mal.

 

Jésus a choisi de faire son entrée à Jérusalem sur un âne. Il affirme ainsi que la victoire a déjà eu lieu. Il invite ainsi son peuple à envisager non la guerre contre le mal, mais au-delà de celle-ci, de voir déjà l'instauration d'une ère de paix. La journée des Rameaux anticipe la résurrection de Jésus après sa crucifixion. Ce n'est pas un roi combattant qui entre à Jérusalem, c'est un roi de paix dans une ville qui anticipe déjà la Jérusalem céleste.

 

Jésus est un roi en paix. Il entre en paix à Jérusalem. Il vient pour apporter la paix.

 

Dans le passage qui précède, Jésus a annoncé pour la troisième fois sa mort. Il a annoncé à ses disciples qu'eux aussi auront à souffrir. Jésus entre à Jérusalem pour y être injustement accusé et y mourir. Mais Jésus est en paix. Il n'est pas en guerre avec les hommes. Il n'est pas en guerre avec ceux qui vont l'accuser, et le tuer au terme d'un procès truqué. Jésus est en paix. Jésus est venu apporter la paix. En entrant dans Jérusalem comme un agneau entre à l'abattoir, Jésus est en paix, il ne vient pas pour faire la guerre.

 

Jésus a choisi de monter un âne afin que personne n'ignore ce qu'il est venu faire sur la terre et à Jérusalem. Jésus est entré à Jérusalem pour dire à ses disciples, pour nous dire que la paix est donnée : vous pouvez être en paix, même au milieu du combat. Vous pouvez être en paix, même en mourant injustement. Vous pouvez être en paix, même au milieu d'un combat. Vous pouvez être en paix même dans l'adversité.

 

Ce que Jésus nous montre, non pas par des paroles, mais par son attitude même tout entière, c'est qu'il est possible d'être en paix, au cœur même du malentendu, de l'oppression et de la violence.

 

Cette entrée royale et paisible de Jésus dans Jérusalem la furieuse et la meurtrière, c'est l'entrée que nous avons été appelés à faire, ou que nous serons appelés à faire, ou que nous sommes appelés à faire aujourd'hui, à la suite du Christ dans telle ou telle situation dangereuse.

 

Jésus n'évite pas le danger. Il ne nous demande pas de fuir le péril, mais au contraire, il l'affronte et nous l'affronterons aussi, qu'il revête la forme d'une maladie cruelle ou d'un conflit difficile. Nous pouvons envisager ces situations difficiles  en restant en paix, en étant dans la paix, car nous savons que la victoire sur le Mal a déjà été obtenue par Jésus, même si le combat continue. Ce combat qui continue est provisoire, il est passager, car la victoire du bien, le triomphe du Christ sont éternels.

 

Jésus entre à Jérusalem pour y mourir. Il entre en paix car il sait depuis le début de sa vie publique que le Mal a toujours perdu lorsqu'il l'a rencontré. Car Jésus a rencontré le Mal avec les armes de Dieu : la foi, l'espérance et l'amour nourris par la fréquentation assidue des Ecritures et une vie de prière intense.

 

Je ne vous ferais pas un discours moraliste qui consisterait à dire : c'est ainsi que vous devez entrer dans la tourmente, en étant en paix dans votre âme et dans votre cœur.

 

Ce n'est pas un « devoir », c'est un « pouvoir ». Je ne vous dis pas : c'est ainsi que nous devons vivre, mais c'est ainsi que nous pouvons entrer dans les situations violentes que les uns et les autres, nous pouvons connaître. Oui, nous pouvons connaître cette paix. Elle nous est donnée, la victoire sur le mal, la victoire sur la mort nous sont données par le Christ. Il l'a obtenue pour nous, pour nous la donner. Nous pouvons à notre tour la saisir et en vivre.

 

Pour approfondir l'étendue de cette victoire, j'aimerais maintenant en venir aux colombes dans le temple de Jérusalem.

 

Après son entrée triomphale, le roi entre dans Jérusalem et se rend dans le temple. Là, il chasse les vendeurs, renverse les tables et les sièges des marchands de pigeons.

 

Pourquoi ? Pourquoi Jésus agit-il ainsi ? Pourquoi accuse-t-il ces marchands d'être des voleurs alors qu'il a voulu s'installer chez Zachée qui était le champion toutes catégories des voleurs ? Pourquoi Jésus est-il ici violent alors qu'il est entré à Jérusalem comme le roi de la paix ? N'est-il pas en contradiction avec lui-même ?

 

A cette dernière interrogation, je répondrais en vous rappelant que tout à l'heure, en vous parlant de la paix du Christ, j'ai bien pris la précaution de préciser que cette paix était une paix dans la tourmente, une paix dans la violence, une paix dans la souffrance. Pas une paix béni-oui-oui. La pais du Christ n'est pas une paix faible, une paix au rabais, une paix qui démissionne des combats. Ce n'est pas une paix indifférente. Jésus se met en colère, mais dans sa colère, il est en paix, il n'est pas submergé par sa colère, il ne fait pas n'importe quoi. C'est une colère maîtrisée, une colère sans compromis, mais paisible. La paix est en lui et quand il renverse le mobilier des vendeurs de pigeons dans le temple, il annonce la paix.

 

Il faut en effet maintenant que je vous parle des pigeons et de ce qu'ils font dans le temple.

 

Ces pigeons ont un usage très précis. Il font partie d'un rite très ancien en Israël, c'est le rachat des premiers-nés. Chaque premier-né des hommes ou du bétail appartient à Dieu. Le premier-né du bétail est immolé, tandis que le premier-né humain est racheté par le sacrifice d'un agneau ou d'un couple de pigeons.

 

Les premiers-nés appartiennent à Dieu. C'est ce que Dieu révèle à son peuple et au monde avec la dernière plaie d'Egypte qui frappe les premiers-nés des humains comme du bétail. C'est quand Dieu reprend ce qui est à Lui que Pharaon cède et laisse partir le peuple hébreu.

 

A la suite de cette sortie d'Egypte, les hébreux se rappelleront que tous les premiers-nés appartiennent à Dieu en offrant en sacrifice, chaque année, le premier-né du troupeau et en offrant en sacrifice de rachat le premier-né humain.

 

Le premier-né est le signe de tous les autres à naître. En offrant le premier-né du bétail, le paysan hébreu montre que toutes les naissances de ces brebis ou chevreaux appartiennent à Dieu, comme le premier-né racheté signifie que toute la descendance appartient à Dieu. Le sacrifice du premier-né est signe d'une consécration de la totalité d'un troupeau, d'une famille.

 

Il y a plus même, En Exode (4,22) Dieu appelle « Israël, mon premier-né » Le premier né d'une descendance innombrable, celle des nations.

 

Jésus est-lui même le premier-né. C'est pourquoi ces parents vont au temple et sacrifient deux pigeons selon la coutume.

 

Mais Jésus n'est pas seulement l'aîné des fils de Marie et de Joseph. Il est aussi et surtout le Fls premier-né d'une nouvelle filiation divine celle-ci.

 

L'apôtre Paul (Ro 8,29) parle de Jésus comme le premier-né entre plusieurs frères et même dans l'épître aux Colossiens du premier-né de toutes les créatures. Il parle d'une nouvelle création. Plus précisément, il parle des disciples qui deviennent les frères et les sœurs de Jésus.

 

Le début du livre de l'Apocalypse parle de Jésus «le témoin fidèle, le premier-né des morts et le prince des rois de la terre ». (1,5) 

 

Jésus est entré à Jérusalem pour y être sacrifié, comme tous les premiers-nés, son sacrifice rend caduque désormais tout autre sacrifice. Son sacrifice rachète toutes les créatures qui n'ont plus besoin d'être rachetées par un sacrifice. Jésus lui-même rachète tous les autres enfants à naître, tous ses frères et sœurs dans la foi qui vont lui être donnés et qui vont appeler Dieu « notre Père ».

 

Le rachat reste indispensable, mais il a lieu désormais par le sacrifice consenti de Jésus. Jésus en mourant sur la croix représente toute la création nouvelle et il nous entraîne tous dans ce mouvement de réconciliation avec Dieu.

 

Dans le temple de Jérusalem, qui est le lieu par excellence de la rencontre de Dieu et de son peuple, Jésus lui-même assure la médiation entre Dieu et les hommes, entre les hommes et Dieu.

 

C'est en lui que tous sont rachetés, libérés, réhabilités dans la famille de Dieu, dans son intimité. C'est en Christ que nous appartenons à Dieu, que nous devenons ses enfants.

 

Les vendeurs de pigeons ne sont pas des voleurs parce qu'ils escroquaient les gens, mais parce que désormais les sacrifices sont inutiles. Les prolonger est un vol parce qu'en cachant comment on devient enfant de Dieu, on vole à Dieu ses enfants et on vole les enfants de leur Père céleste. Rien ne doit faire de l'ombre à la nouvelle relation que Jésus est venue établir entre Dieu et les êtres humains : une relation pleine et entière de paternité et de filiation qui n'a pas d'autres condition, pas d'autre chemin que Jésus lui-même, sa victoire sur le Mal, le péché et la mort.

 

« Laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5,20). Jésus est venu pour cela, pour que la paix avec Dieu soit faite dans notre cœur.

 

Amen !

Publié dans Prédications

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