Prédication du dimanche 21 mars 2010 - St. Paul Trois Châteaux

Publié le par E.R.F. - Valréas - Saint Paul Troix Châteaux

(Marc 6,30)

 

Frères et sœurs,

 

Un jour, un expert-comptable m'a raconté une histoire drôle : Un homme invite à sa table des amis. A un moment, pour provoquer ses amis qui coupent les cheveux en quatre, il leur dit : mais enfin deux plus un, ça fait bien trois !

 

Son ami théologien répond : pas toujours, si deux désigne la double nature du Christ qui est unique. Alors dans ce cas, deux égale un, et donc deux plus un égalent deux.

 

En effet, répond un autre ami scientifique : la physique quantique nous a maintenant appris que deux plus un peuvent être égal à 2 et demi ou à quatre selon les cas.

 

Et toi, qu'en penses-tu ? Le groupe se tourne vers une personne qui n'avait pas encore pris la parole et qui était expert-comptable. Celui-ci répond, en effet 2 plus 1 ne font pas toujours quatre. Pour avoir le résultat, je demande toujours à mon client combien il veut que cela fasse.

 

Pourquoi à votre avis, vous ai-je raconté cette histoire ?

 

Cette histoire nous rappelle l'importance des nombres dans notre vie et que leur signification est très importante.

 

Or, je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais le récit est truffé de chiffres et de nombre. D'abord Jésus vit une grande foule (v.33), ensuite il est question de 200 pièces d'argent nécessaires (v.37) ; Ensuite il y a 5 pains et 2 poissons (v.38) ; ensuite au verset  40 il est question des rangées de 100 et de 50 (v.40) ; puis à nouveau les 5 pains et les 2 poissons (v.41) ; puis il est question de 12 paniers (v.43) et enfin de 5000 hommes (v.44).

 

Cette histoire n'est pas simplement le récit d'un repas sur l'herbe, elle n'est pas seulement la narration d'un miracle spectaculaire de Jésus. Cette histoire nous dit aussi quelque chose sur nous, sur l'importance des nombres dans notre vie . Ou plus exactement de ce qui est innombrable et de ce qui est dénombrable. 

 

Cinq pains sont offerts à Jésus. Avec quoi fait-on le pain ? Combien faut-il de grains de blé ou d'orge ou de seigle pour faire un pain ? On ne sait pas. Les grains de blé sont nombreux mais ils sont innombrables et une fois séchés, broyés, mélangés, cuits, il est impossible de dire la quantité utilisée.

 

On peut compter les pains, mais pas les grains de blé nécessaires pour faire ces mêmes pains. D'ailleurs, la multiplication innombrable des grains de blé a par ailleurs servi à Jésus pour illustrer la générosité du Royaume de Dieu : un seul grain de blé tombe en terre, meurt et donne du grain en abondance. La parabole du semeur insiste sur le nombre incalculable de grains produits par la semence qui tombe dans la bonne terre : « elle a donné du fruit et rapporté du trente, du soixante ou du cent pour un » (c 4,9)

 

Deux poissons sont offerts à Jésus. Or les poissons sont péchés dans l'eau et jusqu'au moment où le pécheur remonte son filet ou sa ligne, il ne sait pas ce qu'il pêche. Les poissons dans l'eau sont eux aussi, invisibles et innombrables.

 

Avec un nombre de grains innombrables, on peut faire 5 pains. A partir d'une foule de poissons innombrables, on peut en présenter 2.

 

La dynamique du texte nous invite donc à passer d'une quantité innombrable à une quantité limitée, précise que l'on peut compter. Cette dynamique du texte ne s'applique pas seulement aux pains et aux poissons, mais encore aux être humains. Avez-vous remarqué qu'au début, ils forment une foule de gens innombrables et qu'à la fin, nous apprenons qu'ils étaient 5000. C'est beaucoup 5000, mais ils sont comptés, ils ont été comptés un par un, sans erreur par Jésus qui les a placé par rangées. Ici aussi, on est passé de l'innombrable au nombre limité.

 

Le pain et les poissons devenus des nombres précis : 5 et 2 vont presque retourner à l'innombrable en étant multipliés en quantité par Jésus. C'est le second mouvement du texte Jésus prend la peine d'insister sur l'importance de ces nombres : des gens par rangées de 50 ou 100, du pain pour tous et 12 corbeilles remplies plus des poissons. Cette fois-ci on est passé du petit nombre à un très grand nombre. Ce passage de trois fois rien à beaucoup peut rappeler aussi la même dynamique à l'œuvre à Cana, où de rien plus de l'eau sale, Jésus va fabriquer une quantité énorme de vin délicieux.

 

Alors comment comprendre cette dynamique qui fait passer de l'innombrable au petit nombre, puis du petit nombre au grand nombre ?

 

Je vous propose deux pistes : la première nous permet d'entrevoir comment Dieu travaille. Dieu part de l'innombrable, de l'indifférencié. Et il s'attache à la personnalité de chacun. Il réveille la personnalité de chacun. Dieu n'aime pas les masses anonymes, les foules indistinctes. Lui, il ne voit que des personnalités, toutes originales, toutes individualisées. Quand le monde raisonne en termes de masses, Dieu cherche l'individu. C'est le premier passage de l'innombrable au petit nombre bien individualisé.

 

Mais Dieu ne veut pas que ses enfants restent un petit nombre. Il sait compter les étoiles dans le ciel et les grains de sable sur la plage. Et il multiplie, il ajoute et  il multiplie encore. Ce n'est pas une marche arrière. Il ne fait pas à nouveau des masses anonymes. Mais un grand nombre. Un grand nombre de disciples à partir d'un petit noyau, une grande Eglise à partir d'une petite cellule. Un grand nombre qui n'est pas une foule anonyme, indistincte, mais un grand nombre où chacun existe vraiment comme un individu original, unique, important, en lien avec d'autres.

 

12 paniers remplis de pain, ça se compte, les reste de poissons, ça se compte aussi. 5000 hommes nourris un à un, ça se compte, parce que, aux yeux de Dieu, chacun compte.

 

J'ai une deuxième piste à vous proposer, toute différente. Et il ne faut pas choisir entre les deux.

 

Le pain n'est pas n'importe quoi dans la Bible. Le pain désigne ce qu'il y a de plus important. Jésus s'est comparé lui-même à du pain : « je suis le pain vivant, venu du ciel … ma chair est véritablement une nourriture » Jn 6,35

 

Jésus dit aussi au Diable qui le tente : « L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sortira de la bouche de Dieu ».

 

Le pain partagé du dernier repas du Christ nous rappelle aussi que lorsque nous parlons dans la Bible de pain, nous parlons aussi, par cette réalité, d'une nourriture qui vient de Dieu, d'une nourriture qui décrit ce que fait la Parole de Dieu,  d’une nourriture qui parle du Christ lui-même.

 

Or il y a dans la Bible 5 livres qui ont pour les juifs une importance particulière : le Pentateuque et 5 statuts de la Parole de Dieu : parole fondatrice avec la Genèse, une parole qui libère et fait sortir de l'esclavage avec l'Exode, une parole que Dieu donne à Moïse pour parler au peuple : le Lévitique, une parole d'organisation morale et politique : les Nombres et une parole donnée à Moïse, une parole à proclamer par lui seul : le Deutéronome.

 

5 pains pour résumer la partie la plus importante de la Bible, la Thora au sens strict, les 5 premiers livres. 5 livres pour évoquer la Parole de Dieu écrite, mais pour représenter aussi la Parole de Dieu faite chair. Jésus est sans ambigüité quand la foule le suit, il lui dit : « vous me suivez, car vous avez mangé des pains à satiété. Travaillez pour obtenir non pas une nourriture périssable, mais une nourriture qui demeure pour la vie éternelle, celle que le Fils de l'homme vous donne ». Si le pain devient image d’une nourriture spirituelle, les deux poissons peuvent nous évoquer une autre piste.

 

Jésus a appelé des pêcheurs, des hommes qui savent puiser  dans ce qui est inépuisable pour ramener une nourriture. Les premiers disciples sont des pêcheurs, des hommes qui pêchent la nuit des poissons glissants que l'on ne peut que difficilement saisir. Le sens est difficile à attraper, il nous échappe souvent.

 

Le poisson pourrait bien nous aider à comprendre quelque chose d'important sur le sens et la vérité des textes bibliques. Le sens, il faut aller le chercher. Il n'est pas toujours facile à saisir. C'est probablement pendant la nuit, tôt le matin ou tard avant de dormir que vous lisez les versets de votre bible et que vous en cherchez le sens. C'est à la fin de la nuit qu'a lieu la pêche miraculeuse. C'est à la fin de la nuit alors que Pierre et les autres disciples rentrent de pêche que Jésus leur propose sur la plage du poisson grillé. Parce que la résurrection de Jésus révèle le sens de la croix. Le sens des textes bibliques, Jésus nous le donne avec sa Parole vivante, avec sa vie, avec son esprit. Il est lui-même pain et poisson, nourriture et sens, incarnation de la Parole de Dieu et dévoilement du sens de cette parole.

 

Jonas, vomi par le grand poisson, a compris quelque chose de la Parole de Dieu à l'intérieur du ventre de ce poisson et Jésus a promis le signe de Jonas.

 

Ce mode de pensée était familier aux anciens. Jésus lui-même est symbolisé par un poisson dans les plus vieilles inscriptions chrétiennes.

 

Mais alors, pourquoi deux poissons ? Y aurait-il deux sens pour un texte biblique ? Il suffit de lire en groupe un texte biblique pour voir aussitôt que la recherche de sens est très large et peut même partir dans tous les sens. Mais il  y a au moins deux sens très importants, à toujours garder ensemble lorsque nous lisons les Ecritures : le premier, c'est le sens littéral, immédiat donné par l'écrit, c'est la signification des mots, des phrases. Ce premier sens là n'est jamais à mépriser, mais il faut au contraire étudier avec précision les mots, les lettres. La lecture littérale fait partie de toute lecture sérieuse de la Bible. Le sens littéral doit toujours être dégagé avec respect. Et il y a une deuxième lecture, qui vient après coup, un deuxième sens à découvrir, c'est la lecture inspirée par le Saint-Esprit, une lecture guidée par Dieu lui-même. Cette lecture inspirée, c'est elle qui fait apparaître à travers les mots du texte la Parole vivante de Dieu, une Parole qui semble alors sortir de sa bouche pour notre vie.

 

Sur le chemin d'Emmaüs, Jésus explique à ses disciples qui ne voient rien, ils ne voient pas Jésus sous leurs yeux,  qui ne comprennent rien à la mort de Jésus, celui-ci leur explique le sens des Ecritures et tout ce qui le concernait avant qu'ils ne le reconnaissent vivant à la fraction du pain.

 

Jésus multiplie les pains et les poissons : il multiplie sa Parole et sa signification pour nourrir les hommes. Sa parole est Salut, sens pour la vie, sens pour tous ces gens affamés, abandonnés, qui n'avaient pas de berger, et dont Jésus a pitié.

 

La Parole de Jésus est-elle encore notre nourriture ? Est-elle  porteuse de sens pour notre vie, notre travail, notre repos, notre mort, nos engagements ?

 

Avons-nous pitié des gens qui errent affamés, aujourd'hui comme il y a 2000 ans ou préférons-nous, comme ses premiers disciples, les laisser retourner chez eux sans rien à manger ?

 

Si on sortait nos cinq pains et nos deux poissons, c'est à dire  les quelques chapitres ou même versets de la Parole de Dieu qui font sens pour nous, qui nourrissent notre vie, et si on les distribuait vraiment aux gens en sortant de ce temple ?

 

C'est exactement cela la vie de l'Eglise, ce que Jésus demande à ses disciples : organiser le partage de sa parole et de son sens, de ce qu'elle veut dire pour la vie éternelle et pour la vie sur cette terre.

 

« Jésus prit les pains et les poissons, leva les yeux vers le ciel et prononça la bénédiction. »

 

La Parole de Jésus et son sens littéral et inspiré nous sont donnés par Jésus. Jésus prie pour que la Bible devienne notre nourriture et qu'elle nourrisse ceux qui ont faim.

 

Amen !

Frères et sœurs,

 

Un jour, un expert-comptable m'a raconté une histoire drôle : Un homme invite à sa table des amis. A un moment, pour provoquer ses amis qui coupent les cheveux en quatre, il leur dit : mais enfin deux plus un, ça fait bien trois !

 

Son ami théologien répond : pas toujours, si deux désigne la double nature du Christ qui est unique. Alors dans ce cas, deux égale un, et donc deux plus un égalent deux.

 

En effet, répond un autre ami scientifique : la physique quantique nous a maintenant appris que deux plus un peuvent être égal à 2 et demi ou à quatre selon les cas.

 

Et toi, qu'en penses-tu ? Le groupe se tourne vers une personne qui n'avait pas encore pris la parole et qui était expert-comptable. Celui-ci répond, en effet 2 plus 1 ne font pas toujours quatre. Pour avoir le résultat, je demande toujours à mon client combien il veut que cela fasse.

 

Pourquoi à votre avis, vous ai-je raconté cette histoire ?

 

Cette histoire nous rappelle l'importance des nombres dans notre vie et que leur signification est très importante.

 

Or, je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais le récit est truffé de chiffres et de nombre. D'abord Jésus vit une grande foule (v.33), ensuite il est question de 200 pièces d'argent nécessaires (v.37) ; Ensuite il y a 5 pains et 2 poissons (v.38) ; ensuite au verset  40 il est question des rangées de 100 et de 50 (v.40) ; puis à nouveau les 5 pains et les 2 poissons (v.41) ; puis il est question de 12 paniers (v.43) et enfin de 5000 hommes (v.44).

 

Cette histoire n'est pas simplement le récit d'un repas sur l'herbe, elle n'est pas seulement la narration d'un miracle spectaculaire de Jésus. Cette histoire nous dit aussi quelque chose sur nous, sur l'importance des nombres dans notre vie . Ou plus exactement de ce qui est innombrable et de ce qui est dénombrable. 

 

Cinq pains sont offerts à Jésus. Avec quoi fait-on le pain ? Combien faut-il de grains de blé ou d'orge ou de seigle pour faire un pain ? On ne sait pas. Les grains de blé sont nombreux mais ils sont innombrables et une fois séchés, broyés, mélangés, cuits, il est impossible de dire la quantité utilisée.

 

On peut compter les pains, mais pas les grains de blé nécessaires pour faire ces mêmes pains. D'ailleurs, la multiplication innombrable des grains de blé a par ailleurs servi à Jésus pour illustrer la générosité du Royaume de Dieu : un seul grain de blé tombe en terre, meurt et donne du grain en abondance. La parabole du semeur insiste sur le nombre incalculable de grains produits par la semence qui tombe dans la bonne terre : « elle a donné du fruit et rapporté du trente, du soixante ou du cent pour un » (c 4,9)

 

Deux poissons sont offerts à Jésus. Or les poissons sont péchés dans l'eau et jusqu'au moment où le pécheur remonte son filet ou sa ligne, il ne sait pas ce qu'il pêche. Les poissons dans l'eau sont eux aussi, invisibles et innombrables.

 

Avec un nombre de grains innombrables, on peut faire 5 pains. A partir d'une foule de poissons innombrables, on peut en présenter 2.

 

La dynamique du texte nous invite donc à passer d'une quantité innombrable à une quantité limitée, précise que l'on peut compter. Cette dynamique du texte ne s'applique pas seulement aux pains et aux poissons, mais encore aux être humains. Avez-vous remarqué qu'au début, ils forment une foule de gens innombrables et qu'à la fin, nous apprenons qu'ils étaient 5000. C'est beaucoup 5000, mais ils sont comptés, ils ont été comptés un par un, sans erreur par Jésus qui les a placé par rangées. Ici aussi, on est passé de l'innombrable au nombre limité.

 

Le pain et les poissons devenus des nombres précis : 5 et 2 vont presque retourner à l'innombrable en étant multipliés en quantité par Jésus. C'est le second mouvement du texte Jésus prend la peine d'insister sur l'importance de ces nombres : des gens par rangées de 50 ou 100, du pain pour tous et 12 corbeilles remplies plus des poissons. Cette fois-ci on est passé du petit nombre à un très grand nombre. Ce passage de trois fois rien à beaucoup peut rappeler aussi la même dynamique à l'œuvre à Cana, où de rien plus de l'eau sale, Jésus va fabriquer une quantité énorme de vin délicieux.

 

Alors comment comprendre cette dynamique qui fait passer de l'innombrable au petit nombre, puis du petit nombre au grand nombre ?

 

Je vous propose deux pistes : la première nous permet d'entrevoir comment Dieu travaille. Dieu part de l'innombrable, de l'indifférencié. Et il s'attache à la personnalité de chacun. Il réveille la personnalité de chacun. Dieu n'aime pas les masses anonymes, les foules indistinctes. Lui, il ne voit que des personnalités, toutes originales, toutes individualisées. Quand le monde raisonne en termes de masses, Dieu cherche l'individu. C'est le premier passage de l'innombrable au petit nombre bien individualisé.

 

Mais Dieu ne veut pas que ses enfants restent un petit nombre. Il sait compter les étoiles dans le ciel et les grains de sable sur la plage. Et il multiplie, il ajoute et  il multiplie encore. Ce n'est pas une marche arrière. Il ne fait pas à nouveau des masses anonymes. Mais un grand nombre. Un grand nombre de disciples à partir d'un petit noyau, une grande Eglise à partir d'une petite cellule. Un grand nombre qui n'est pas une foule anonyme, indistincte, mais un grand nombre où chacun existe vraiment comme un individu original, unique, important, en lien avec d'autres.

 

12 paniers remplis de pain, ça se compte, les reste de poissons, ça se compte aussi. 5000 hommes nourris un à un, ça se compte, parce que, aux yeux de Dieu, chacun compte.

 

J'ai une deuxième piste à vous proposer, toute différente. Et il ne faut pas choisir entre les deux.

 

Le pain n'est pas n'importe quoi dans la Bible. Le pain désigne ce qu'il y a de plus important. Jésus s'est comparé lui-même à du pain : « je suis le pain vivant, venu du ciel … ma chair est véritablement une nourriture » Jn 6,35

 

Jésus dit aussi au Diable qui le tente : « L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sortira de la bouche de Dieu ».

 

Le pain partagé du dernier repas du Christ nous rappelle aussi que lorsque nous parlons dans la Bible de pain, nous parlons aussi, par cette réalité, d'une nourriture qui vient de Dieu, d'une nourriture qui décrit ce que fait la Parole de Dieu,  d’une nourriture qui parle du Christ lui-même.

 

Or il y a dans la Bible 5 livres qui ont pour les juifs une importance particulière : le Pentateuque et 5 statuts de la Parole de Dieu : parole fondatrice avec la Genèse, une parole qui libère et fait sortir de l'esclavage avec l'Exode, une parole que Dieu donne à Moïse pour parler au peuple : le Lévitique, une parole d'organisation morale et politique : les Nombres et une parole donnée à Moïse, une parole à proclamer par lui seul : le Deutéronome.

 

5 pains pour résumer la partie la plus importante de la Bible, la Thora au sens strict, les 5 premiers livres. 5 livres pour évoquer la Parole de Dieu écrite, mais pour représenter aussi la Parole de Dieu faite chair. Jésus est sans ambigüité quand la foule le suit, il lui dit : « vous me suivez, car vous avez mangé des pains à satiété. Travaillez pour obtenir non pas une nourriture périssable, mais une nourriture qui demeure pour la vie éternelle, celle que le Fils de l'homme vous donne ». Si le pain devient image d’une nourriture spirituelle, les deux poissons peuvent nous évoquer une autre piste.

 

Jésus a appelé des pêcheurs, des hommes qui savent puiser  dans ce qui est inépuisable pour ramener une nourriture. Les premiers disciples sont des pêcheurs, des hommes qui pêchent la nuit des poissons glissants que l'on ne peut que difficilement saisir. Le sens est difficile à attraper, il nous échappe souvent.

 

Le poisson pourrait bien nous aider à comprendre quelque chose d'important sur le sens et la vérité des textes bibliques. Le sens, il faut aller le chercher. Il n'est pas toujours facile à saisir. C'est probablement pendant la nuit, tôt le matin ou tard avant de dormir que vous lisez les versets de votre bible et que vous en cherchez le sens. C'est à la fin de la nuit qu'a lieu la pêche miraculeuse. C'est à la fin de la nuit alors que Pierre et les autres disciples rentrent de pêche que Jésus leur propose sur la plage du poisson grillé. Parce que la résurrection de Jésus révèle le sens de la croix. Le sens des textes bibliques, Jésus nous le donne avec sa Parole vivante, avec sa vie, avec son esprit. Il est lui-même pain et poisson, nourriture et sens, incarnation de la Parole de Dieu et dévoilement du sens de cette parole.

 

Jonas, vomi par le grand poisson, a compris quelque chose de la Parole de Dieu à l'intérieur du ventre de ce poisson et Jésus a promis le signe de Jonas.

 

Ce mode de pensée était familier aux anciens. Jésus lui-même est symbolisé par un poisson dans les plus vieilles inscriptions chrétiennes.

 

Mais alors, pourquoi deux poissons ? Y aurait-il deux sens pour un texte biblique ? Il suffit de lire en groupe un texte biblique pour voir aussitôt que la recherche de sens est très large et peut même partir dans tous les sens. Mais il  y a au moins deux sens très importants, à toujours garder ensemble lorsque nous lisons les Ecritures : le premier, c'est le sens littéral, immédiat donné par l'écrit, c'est la signification des mots, des phrases. Ce premier sens là n'est jamais à mépriser, mais il faut au contraire étudier avec précision les mots, les lettres. La lecture littérale fait partie de toute lecture sérieuse de la Bible. Le sens littéral doit toujours être dégagé avec respect. Et il y a une deuxième lecture, qui vient après coup, un deuxième sens à découvrir, c'est la lecture inspirée par le Saint-Esprit, une lecture guidée par Dieu lui-même. Cette lecture inspirée, c'est elle qui fait apparaître à travers les mots du texte la Parole vivante de Dieu, une Parole qui semble alors sortir de sa bouche pour notre vie.

 

Sur le chemin d'Emmaüs, Jésus explique à ses disciples qui ne voient rien, ils ne voient pas Jésus sous leurs yeux,  qui ne comprennent rien à la mort de Jésus, celui-ci leur explique le sens des Ecritures et tout ce qui le concernait avant qu'ils ne le reconnaissent vivant à la fraction du pain.

 

Jésus multiplie les pains et les poissons : il multiplie sa Parole et sa signification pour nourrir les hommes. Sa parole est Salut, sens pour la vie, sens pour tous ces gens affamés, abandonnés, qui n'avaient pas de berger, et dont Jésus a pitié.

 

La Parole de Jésus est-elle encore notre nourriture ? Est-elle  porteuse de sens pour notre vie, notre travail, notre repos, notre mort, nos engagements ?

 

Avons-nous pitié des gens qui errent affamés, aujourd'hui comme il y a 2000 ans ou préférons-nous, comme ses premiers disciples, les laisser retourner chez eux sans rien à manger ?

 

Si on sortait nos cinq pains et nos deux poissons, c'est à dire  les quelques chapitres ou même versets de la Parole de Dieu qui font sens pour nous, qui nourrissent notre vie, et si on les distribuait vraiment aux gens en sortant de ce temple ?

 

C'est exactement cela la vie de l'Eglise, ce que Jésus demande à ses disciples : organiser le partage de sa parole et de son sens, de ce qu'elle veut dire pour la vie éternelle et pour la vie sur cette terre.

 

« Jésus prit les pains et les poissons, leva les yeux vers le ciel et prononça la bénédiction. »

 

La Parole de Jésus et son sens littéral et inspiré nous sont donnés par Jésus. Jésus prie pour que la Bible devienne notre nourriture et qu'elle nourrisse ceux qui ont faim.

 

Amen !

Publié dans Prédications

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