Prédication du dimanche 21 février 2010 à Saint Paul Trois Châteaux

Publié le par E.R.F. - Valréas - Saint Paul Troix Châteaux

Frères et sœurs,

 

C'est une parabole très célèbre que celle que nous venons de lire. Avant de rentrer dans la parabole elle-même, je vous invite à vous arrêter un instant sur le verset 30 qui lui sert d'introduction.

 

« Jésus dit encore : a quoi pouvons-nous comparer le Royaume de Dieu ? Au moyen de quelle parabole allons-nous en parler ? »

 

Cette phrase d'introduction est propre à Marc. Nous y voyons Jésus cherchant ses mots, hésitant, balbutiant presque. Ces deux petites phrases d'hésitation sont tellement réalistes, il nous arriverait presque de les prononcer chaque jour, qu'on imagine sans peine Marc ou un autre disciple les notant en direct.

 

Je m'arrête sur ces deux petites phrases de transition, sur lesquelles on passe d'habitude comme si elles n'avaient aucune importance, car on fait parfois de Jésus, sans le vouloir, un être idéal qui savait tout à la perfection, qui pouvait tout sans limite. Or, nous voyons bien ici que Jésus, tout Fils de Dieu qu'il est, s'interroge, hésite avant de donner une parabole.

 

Il est incontestable que Jésus est présenté dans le Nouveau Testament comme le Fils de Dieu. Mais cette vérité de foi ne doit pas devenir une sorte de vérité abstraite et simpliste. L'esprit humain aime bien idéaliser les choses et les simplifier à outrance. Aussi bien les situations que les personnes. Or, le Nouveau Testament ne se résume pas avec des vérités générales, globales. Il raconte une histoire riche avec des aspérités, des développements parfois complexes,  peut-être même contradictoires, qu'il ne faut pas écarter comme étant sans importance.

 

Jésus nous apprend qui est Dieu en vérité et ce qu'est l'humanité véritable. Ce n'est pas une humanité qui a réponse à tout, qui sait tout d'avance ; l'humanité véritable est une humanité qui s'interroge, qui cherche, qui tâtonne aussi parfois. Et ceci est de la première importance pour nous. Lorsque nous devons parler de notre foi, il nous arrive de ne pas savoir le faire comme il faut du premier coup et nous nous reprochons nos maladresses, que nous vivons même parfois comme des infidélités à Dieu.

 

Jésus aussi s'est interrogé : comment dire, comment parler, comment donner à entrevoir ?

 

Si nous pouvons être tranquilles avec nos interrogations, nos doutes, nos hésitations, nos maladresses inévitables. Jésus continue de nous montrer aussi ce qu'est l'humanité véritable en cherchant à parler … du Royaume de Dieu !

 

C'est là son but, et le Royaume de Dieu doit aussi être notre but, le sujet de nos pensées, de nos soins, de nos prière et de nos vœux, de nos enseignements, de nos paroles et de nos actes. Le Royaume de Dieu est ce qui est au centre de la vie du Christ et ce qui doit être au centre de toute notre vie, non pas en écartant le reste, mais en éclairant toute chose qui fait partie de notre existence et en donnant à tout le reste, sa juste perspective, sa juste place, son importance exacte.

 

J'ai une deuxième remarque introductive à vous faire à propos de la graine de moutarde qui est la plus petite de toutes les graines du monde. Il y a parfois dans les Eglises une discussion pour savoir si la Bible comporte ou non des erreurs. Certains théologiens affirment qu'elle n'en comporte aucune. Vous rencontrerez des chrétiens qui ne supportent pas l'idée que  la Bible puisse être mise en défaut. Comme certains chrétiens sont rassurés par l'infaillibilité pontificale en matière de foi, d'autres sont rassurés par l'infaillibilité des Ecritures.  Or si le grain de sénevé est une des plus petites graines du Proche Orient, et si elle était réputée pour être la plus petite graine du monde à l'époque de Jésus, nous savons aujourd'hui qu'elle ne n'est pas. Il y a d'autres graines qui sont encore plus petites.

 

Si Jésus abordait un sujet de botanique, ses connaissances seraient aujourd'hui dépassées. Et nous pourrions refermer les Evangiles. Mais Jésus nous parle du royaume de Dieu et là, son enseignement garde toute sa puissance et toute sa vérité.

 

Nous avons vu Jésus hésiter avant de parler, chercher ses mots. Nous venons de voir Jésus dire une parole scientifiquement fausse aujourd'hui. Est-ce que cela veut dire que sa parole est vaine, inutile ? Non, la parole de Jésus peut être disqualifiée, mais elle est puissante. Cette longue introduction nous place au cœur de la parabole que Jésus raconte. C'est exactement ce que nous montre la parabole du grain de moutarde. : une graine minuscule, invisible, dont on peut douter de l'existence, de la force. En la voyant, on peut être sceptique sur sa capacité à représenter le moindre intérêt. Elle est négligeable, mais si elle est la plus petite, elle devient un grand arbre capable d'abriter les oiseaux.

 

La graine de moutarde est petite mais devient grande. La parole de Jésus est contestée, mais elle devient forte. La personne de Jésus est rejetée, mais il devient le roi du Royaume des cieux. Jésus est faible et mortel, mais il est aussi puissant et c'est lui qui ouvre les portes du séjour des morts.

 

Cette parabole est un enseignement pour les temps difficiles. Bien des gens autour de nous disent que la parole de Dieu, que la foi sont des choses débiles, sans le moindre intérêt. Parfois, nous pouvons nous-mêmes partager ces pensées. Or, la parabole de Jésus ne nous dit pas autre chose : la graine de moutarde est en effet débile et sans intérêt. Personne ne s'en occupe, même le paysan, ne sait plus retrouver ces graines, une fois tombées dans le sol. Elles sont comme inexistantes avant de pousser.

 

Jésus sera lui aussi rejeté dans l'indifférence et la moquerie comme quelqu'un de dérisoire. Quand nous sommes ainsi attaqués sur ce point que la foi est minable, insignifiante, il faut dire « oui ». Nous devons acquiescer à ce point de vue. Oui, la foi est faible, sans intérêt, MAIS, en ajoutant que c'est cette même foi petite et fragile qui sauve de tous les péchés et de tous les désespoirs, c'est le Christ crucifié, moqué, ridiculisé, qui règne dans le ciel, écoute nos prières et les exaucera.

 

Oui, l'Evangile est souvent dans ce monde considéré comme la plus petite des valeurs et la dernière des idées intéressantes, mais c'est aussi la plus importante dans ma vie, car le dynamisme irrésistible de la vie éternelle est contenu dans l'Evangile.

 

J'aimerai dire encore un mot des oiseaux qui viennent à l'ombre de l'arbre, faire leur nid et je voudrais vous parler de l'Eglise. Certes, l'Eglise n'est pas le Royaume des cieux, mais l'Eglise doit annoncer le Royaume des cieux. L'Eglise ne vit que pour le Royaume, en vue de celui-ci.

 

Alors si quelque chose est important dans le Royaume, cette chose est importante pour l'Eglise.

 

C'est une image d'accueil qui est ici développée. Le royaume de Dieu accueille C'est là la pointe ultime, la plus importante de la parabole. Jésus aurait pu se contenter de dire que le Royaume des cieux est semblable à une toute petite graine minable qui devient un grand arbre. Mais la pointe de son enseignement se trouve dans les oiseaux qui viennent nicher. Le Royaume de Dieu grandit pour accueillir. Non seulement il accueille, mais il attire. Car un arbre dans la campagne attire les oiseaux. L'image des nids d'oiseaux évoque la sécurité, la fécondité que permet généreusement le Royaume de Dieu. Il y a là de quoi méditer pour notre vie d'Eglise. Grandir, c'est attirer, accueillir, abriter, offrir une protection.

 

Notre Eglise doit grandir, elle doit attirer et accueillir. Elle ne doit pas attirer par des moyens mensongers ou manipulatoires, mais elle doit attirer à cause de cette parole à la fois faible et puissante qu'est la parole de Dieu, au centre de notre vie.

 

Au fond, une Eglise qui grandit, qui attire et qui accueille sera le thème exact de notre prochaine assemblée générale dans 15 jours.

 

Le chemin du royaume est sur un axe précis : celui qui est petit devient grand, celui qui est minable devient fort, celui qui est rejeté accueille, celui qui est humilié relève les autres, celui qui n'a pas d'endroit où poser sa tête abritera les nations.

 

Amen !

Publié dans Prédications

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article