Prédication du dimanche 19 septembre 2010 à St Paul Trois Châteaux

Publié le par E.R.F. - Valréas - Saint Paul Troix Châteaux

 

Culte à St Paul Trois Châteaux du 19 septembre 2010 (Exode 7,14)

 

 

Frères et sœurs,

 

 

Jusqu'à Noël, nous allons lire de dimanche en dimanche le récit des dix plaies d'Egypte. Ce programme pourra peut-être vous paraître bien austère, voire bien sévère. Néanmoins, il faut savoir que ce que nous appelons par habitude les 10 plaies, les Israëlites les appellent les 10 merveilles. Alors nous allons parcourir les 10 merveilles de Dieu. Ces 10 merveilles méritent bien leur nom, car elles forment un ensemble de 10 étapes vers la liberté. Chacune des dix interventions de Dieu que nous allons lire et méditer ensemble corrige dans l'humanité un des fléaux qui la rend esclave. A bien des égards, la vie de notre monde ressemble à la vie dans l'Egypte ancienne telle que nous la découvrons dans les récits bibliques. L'esclavage se durcit sous toutes ses formes. L'esclavage de tous, des petits bien sûr, mais aussi l'esclavage des maîtres et des puissants.

 

Lecture...

 

Le centre de gravité de l'Egypte est le Nil. Ce fleuve est à la fois le cœur économique de l'Egypte, mais aussi le cœur mystique, culturel et religieux de l'Egypte antique.

 

La crue fertilisante du Nil était le pivot de la vie de l'Egypte. C'est le Nil qui est le garant de la prospérité du pays. C'est lui qui nourrit toute la population du pays et lui permet donc de dégager les ressources de sa puissance politique et militaire. Le Nil était lui-même divinisé sous le nom du dieu Hapy. Un autre dieu important du Panthéon égyptien était Anubis à tête de poisson.

 

Le Nil si beau et si important pour les Egyptiens est devenu le tombeau des hébreux. Pharaon, après avoir demandé sans succès aux sages-femmes des Hébreux de tuer les garçons nouveaux-nés, a exigé de son peuple que les garçons hébreux nouveaux-nés soient jetés dans le Nil (Ex. 1,22) pour périr noyés ou dévorés par les crocodiles. Vous savez comment Moïse a été sauvé des eaux du Nil, en étant déposé dans une petite embarcation.

 

C'est ce fleuve rempli du sang des enfants d'Israël qui va devenir le premier lieu de l'intervention divine en faveur de son peuple.

 

Les Dix plaies d'Egypte commencent en effet par cette eau changée en sang, une eau qui devient infecte et qui tue tous les poissons du fleuve.

 

Quelques historiens ont proposé une explication historique, scientifique à ce prodige, rattachant même cet épisode à l'explosion du volcan de Santorin. L'air chargé de particules rouge porté par le vent, serait retombé sur le sol égyptien; en colorant en rouge les eaux de surface.

 

Même s'il y a eu une coïncidence historique entre l'explosion de Santorin et l'épisode rapporté par le livre de l'Exode, le sens de ce récit est à insérer dans le contexte littéraire des livres bibliques.

 

Les Egyptiens avaient fait du Nil le tombeau des petits enfants d'Israël, cette fois-ci, ce sont les Egyptiens qui deviennent les victimes du Nil changé en sang.

 

Cette histoire arrivée sur le Nil ne nous parle pas seulement d'un volcan de la Méditerranée, mais nous parle avant tout de nous-même et de la violence qui parfois se déchaîne dans notre société et notre vie.

 

Dieu veut libérer son peuple et cette libération commence par un premier signe du Nil changé en fleuve de sang. Il s'agit de la violence et de la haine sur le lieu même de la vie et de la prospérité. Le Nil devient sang et il donne la mort alors qu'il apporte la vie.

 

Nous pouvons adapter cette lecture à bien des aspects de notre vie. L'économie, censée apporter la prospérité et le bien-être, n'apporte-t-elle pas aujourd'hui le désordre et la mort à des millions de gens ?

 

L'école, ce lieu intégrateur à la société, ce lieu formateur de l'esprit et de la société entière, n'est-elle pas devenue souvent un lieu d'exclusion et de la reproduction des inégalités et des élites ?

 

En pensant aux enfants hébreux jetés dans le Nil, comment ne pas penser aux tragédies que nous avons connues ces dernières années en Europe, en Afrique, en Amérique où tant d'efforts semblent vouloir aboutir en meurtres et en haine ?

 

Le Nil est changé en sang pour les égyptiens car auparavant ils avaient eux-mêmes jetés des enfants hébreux dans les eaux du Nil.

 

La violence qui transforme des êtres humains en objets que l'on peut détruire et jeter se retourne un jour contre les violents. Ce qui était fait pour donner la vie se met à donner la mort.

 

La violence fait partie de la vie. La violence physique, la violence verbale. Le problème n'est pas d'éviter la violence dans les relations. Elle est inévitable, mais le problème est d'en prendre conscience pour arriver à une autre relation. On ne peut pas toujours éviter la violence dans nos relations familiales, conjugales, sociales, mais ce qu'il faut, c'est éviter de s'installer dans la violence.

 

La première plaie d'Egypte a comme fonction de mettre sous les yeux des Egyptiens la violence injuste dont ils ont été les auteurs. Ils sont frappés au cœur de la vie du pays. Ils sont frappés là où ils ont massacrés des enfants. Vont-ils comprendre le message de Dieu ?

 

Non, ils vont, Pharaon à leur tête, s'obstiner.

 

Une personne au moins a compris. Moïse. Il y a maintenant longtemps, Moïse quand il était encore à la cour de Pharaon, a vu un soldat égyptien maltraiter un esclave hébreu. Il a répondu à la violence par la violence en tuant le soldat et en versant son sang. Repéré, il a dû s'enfuir. La violence fait naître la violence et l'escalade infernale alors débouche sur le pire.

 

Nous connaissons bien cela aujourd'hui encore. J'ajoute qu'il n'y a pas que la violence physique, il y a aussi la violence verbale qui est capable de faire couler le sang.

 

Moïse a fait un long chemin avec Dieu, un long chemin en lui-même. Il est revenu en Egypte. Mais pour répondre à la violence cruelle des Egyptiens, désormais il suit une autre voie. Il suit la voie du Seigneur, une voie qui fait sortir de l'engrenage infernal de la violence. Cette voie qui fait sortir de la violence, c'est le chemin de l'obéissance à Dieu.

 

Dieu change le Nil en fleuve de sang. Celui-ci est infect. Les poissons meurent. Plus personne ne peut boire. La violence infernale détruit la vie. Au lieu de méditer cette leçon, les magiciens de Pharaon reproduisent le même phénomène. Ils se mettent à la place de Dieu. Ils sont encore dans la surenchère et fabriquent de l'eau infecte et mortelle.

 

 

Cet épisode de l'eau changée en sang, de l'eau devenue infecte, décrit une des tares fondamentales de l'humanité qu'est venue guérir le Christ : la tare de la violence infernale.

 

La première plaie d'Egypte est l'eau changée en sang. Le premier miracle de Jésus dans l'Evangile de Jean est l'eau changée en vin. On sait l'équivalence entre le vin et le sang, équivalence établie par Jésus lui-même. Mais à Cana, contrairement aux eaux du Nil, l'eau qui a été changée est devenue une boisson délicieuse à boire. Le sang versé par le Christ devient source de vie.

 

« Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme et que vous ne buvez pas son sang, vous n'avez pas de vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi je le relèverai au dernier jour. Car ma chair est vraie nourriture et mon sang est vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi » (Jn 53-57).

 

La seule sortie de la violence est de suivre le Christ. Lorsque nous communions au pain et au vin, le vin nous rappelle le sang versé par Jésus... ou plutôt nous rappelle le sang de Jésus versé par les hommes, par nous.

 

Notre humanité passée et présente crucifie le Christ. Ce sang versé nous appelle à regarder en face notre culpabilité et notre pardon. Car ce sang versé n'a pas entraîné la haine et la colère que nous aurions méritées, dans une spirale infernale, infecte et mortelle. Mais le sang de Jésus, versé injustement est devenu notre pardon, notre vie.

 

L'eau du Nil transformée en sang dénonce la violence, elle est infecte et imbuvable, porteuse de mort. Le sang de Jésus représenté dans le vin de la cène est porteur de vie, de justice, de pureté.

 

L'apôtre Jean écrit : « le sang de Jésus, le fils de Dieu, nous purifie de tout péché » (1 Jean 1,7)

 

Amen !

 

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