Prédication du dimanche 13 septembre 2009 à Grillon "culte des semailles"

Publié le par E.R.F. - Valréas - Saint Paul Troix Châteaux

Frères et soeurs,

 

Il est quasiment certain que ce psaume a été composé lorsque le peuple d'Israël est revenu de son exil à Babylone. Les Hébreux sont restés 70 ans en exil après avoir tout perdu : leur terre, le temple. Cet arrachement aurait pu leur sembler définitif comme cela arrive à beaucoup d'exilés.

 

Mais lorsque Cyrus, le roi perse promulgue un édit qui organise le retour des juifs, ce retour est alors comparé à la fin d'un cauchemar : « nous pensions avoir rêvé ». Un cauchemar de 70 ans ! Un seul et même cauchemar qui dure sur 3, voire 4 générations.

 

D'habitude, le cauchemar est un moment bref de notre nuit. Pour Israël, le cauchemar, l'angoisse, l'horreur a duré 70 ans.

 

Naît alors ce psaume.

 

Nous pouvons extraire de ce psaume 3 vérités importantes pour nous : la première, c'est que le mal, le cauchemar, l'angoisse, la souffrance ont une fin. L'exil cèdera la place au retour à la vie normale qui est faite de bonheur. La douleur cèdera la place à la joie.

 

La première pépite du psaume est que le mal disparaîtra un jour, mais cette première vérité en entraîne une seconde : il faut tenir, il faut résister. Si pendant 70 ans, les juifs s'étaient dissous dans la société babylonienne, si la génération des anciens n'avait pas transmis son attente, son espérance, ses promesse, à la suivante, il n'y aurait jamais eu de retour. Il a fallu tenir bon, résister, il a fallu durer et le mot durer dit bien ce qu'il veut dire, durer, c'est tenir quand c'est dur.

 

La deuxième vérité très importante concerne Cyrus et Dieu. Les juifs exilés à Babylone qui rentrent en Terre Sainte savent bien que c'est Cyrus qui a signé un édit. Cyrus, un roi païen qui ne connaît pas Dieu et qui ne respecte pas la loi. Ces juifs savent bien que la vie de toute la région est un  immense jeu politique où les alliances et les trahisons entre les ambitions des souverains de l'époque sont la cause immédiate de leur vie. Pourtant, le Psaume s'écrit à trois reprises : « le Seigneur a fait ..., le Seigneur a rétabli Sion ... »

 

Il y a ici un enseignement central de toute la Bible qu'il nous faut sans cesse reprendre : Nous, nous croyons volontiers qu'il y a d'un côté les hommes qui font des choses bonnes ou mauvaises et d'un autre côté Dieu qui fait des choses pour nous.

 

Or, Israël nous apprend à ne pas voir du tout les choses ainsi. Quand Cyrus signe son édit, c'est parce que Dieu le veut. Israël dira même plus : quand nous sommes partis en exil, ce n'est pas seulement parce l'Egypte et le Royaume de Babylone se sont fait la guerre, c'est aussi parce que Dieu voulait nous faire comprendre quelque chose de nouveau dans cet exil. Cette souveraineté de Dieu sur l'histoire du monde est totale. Elle englobe aussi les événements géopolitiques et économiques.

 

En dépit du mal, du péché et de la mort, l'univers n'est pas livré au hasard, mais il demeure entre ses mains et notre monde va vers un but. Il est orienté par un dessein que Dieu révèle dans la Parole, celle de la loi, des prophètes et de Jésus Christ.

 

Cette souveraineté de Dieu sur l'histoire n'est pas toujours compréhensible, mais elle n'en est pas moins réelle et l'Eglise existe pour reconnaître, célébrer la souveraineté de Dieu. Dans un monde qui panique à cause de la crise économique, à cause de l'épidémie de crise, à cause du doute sur l'autorité de nos gouvernements, nous devons reprendre pied sur la foi d'Israël et de l'Eglise que le monde n'échappe pas, n'a jamais échappé et n'échappera pas à l'autorité de Dieu, malgré le mal et ses ravages.

 

Nous reparlerons de la souveraineté de Dieu qui est une souveraineté couronnée d'épines et non de richesse, faite d'humble service plutôt que de tyrannie, faite de Parole et de silence, plutôt que de manipulations.

 

Nous en reparlerons plus longuement.

 

Je veux vous parler d'une troisième vérité du psaume. Mais auparavant il faut que je vous dise un mot sur notre journée.  Elle s'appelle, vous l'avez peut-être remarqué dans le bulletin paroissial :  « journée des semailles ». J'avais proposé ce titre lors d'une réunion de la Commission d'animation. Et depuis j'ai entendu les soupirs de quelques paroissiens ou conseillers qui ont certainement pensé que le pasteur n'y connaissait rien en agriculture parce que le mois de septembre, c'est le mois des récoltes et pas celui des semailles qui ont lieu plus tard dans l'hiver ! D'ailleurs dans beaucoup d'Eglises à la campagne, on organise comme on le faisait en Israël,  une fête des moissons, avec un culte d'offrande. Mais si j'ai pris des libertés avec le calendrier des agriculteurs, c'est que j'avais quelques raisons. D'ailleurs, une phrase du psaume réunit dans une même continuité les semailles et les moissons : « celui qui pleure quand il sème, criera de joie quand il moissonnera ».

 

Je suis votre pasteur depuis deux ans maintenant et dans nos échanges, discussions, vous m'avez aidé pendant toute l'année dernière à réaliser qu'il fallait maintenant réfléchir à nos semailles.

 

L'Eglise que nous formons aujourd'hui est le fruit de ce qui a été semé hier et l'Eglise de demain sera la moisson de ce qui est semé aujourd'hui.

 

Nous avons un terrain à ensemencer. Jésus a très souvent comparé la Parole de Dieu à une semence. Cette année sera pour nous une année où il nous faudra porter une attention toute particulière  à nos semailles. Comment semons-nous la Parole de Dieu sur le territoire des communes qui nous a été confié. Comment semons-nous ?

 

« Celui qui pleure en semant, criera de joie quand il moissonnera »

 

Je suis très frappé par cette évocation des larmes. Ces larmes, elles sont d'abord celles des travailleurs qui peinent. Les travaux agricoles sont durs. Celui qui sème le fait parfois, dans le froid, l'humidité. Pour semer, il faut labourer. Le temps est exigeant. Il demande des efforts. Il y a aussi depuis la nuit des temps l'incertitude, cette terrible incertitude que les agriculteurs d'aujourd'hui connaissent aussi à nouveau : qui sait si ce que nous semons aujourd'hui poussera, qui sait, si la récolte espérée honorera nos attentes.

 

J'ai parlé d'agriculture ici ? J'ai parlé de la vie de la paroisse : il faut labourer le sol de nos communes, il nous faut semer dans des conditions défavorables, il nous faut semer comme nos prédécesseurs, avec l'incertitude de ce qui va se passer après. La vie chrétienne, est aussi une vie de larmes au nom même de la Parole de Dieu qu'il faut semer dans la douleur, plus souvent que dans les terrains favorables. Mais il faut semer. L'agriculteur le sait, le chrétien le sait. Sans semailles aujourd'hui, il n'y aura rien à récolter demain.

 

Lorsque les êtres humains ont quitté l'économie de la cueillette pour devenir agriculteur., ils ont dû faire un progrès inouï : auparavant, ils ramassaient des herbes, des épis. En devenant agriculteur, ils ont appris à faire le geste inverse : au lieu de ramasser des épis qui poussaient tout seuls, ils ont dû jeter du grain, et même le plus beau, le plus gros.

C'est terrible de jeter du grain en se disant que peut-être il nous manquera avant la fin de l'hiver. Il faut surmonter sa peur. Il faut surmonter la peur de manquer. Il faut avoir confiance en l'avenir. Je cois que c'est aussi pour cela que parfois on pleure en semant : on fait un geste qui est en grande partie contraire à nos penchants naturels. Et une partie de notre être souffre de jeter dans le sol les plus beaux grains que l'on pourrait garder pour soi.

 

« Celui qui pleure quand il sème, criera de joie quand il moissonnera »

 

Il y a un risque à prendre et on pleure en prenant certains risques. La vie de notre Eglise ne pourra pas faire, au moment de semer, l'économie de certains risques ni l'économie de certaines larmes.

 

Semer, cela veut dire abandonner quelque chose d'acquis, quelque chose de récolté dans le passé pour l'investir dans l'avenir.

 

Frères et soeurs, vous avez appris des choses sur la Bible, sur Dieu, sur la foi, vous avez récolté des consolations, des joies, des bienfaits, des grâces. Avec le conseil presbytéral, j'ai le sentiment que vient maintenant, un temps pour semer, abandonner ce que nous avons récolté, laisser tomber dans le terrain qui nous a été confié les plus beaux grains que nous avons récoltés.

 

Bien sûr, vous avez déjà semé dans votre vie, ici dans notre secteur où ailleurs pour ceux qui ont vécu ailleurs, mais aujourd'hui, ce qui est différent, c'est le monde, et nous avons encore une fois à nous adapter à un monde différent et ce monde différent doit être ensemencé par la Parole de Dieu, sinon, dans ce nouveau monde, il n'y aura pas de moisson future.

 

Cela va nous demander des efforts à tous, des larmes, il faudra abandonner des choses, ouvrir nos maison, faire le point sur nos fidélités par rapport au culte, réunions de prière, études bibliques.

 

Comme dans une grosse ferme où il y a beaucoup d'ouvriers, il faudra s'organiser, s'encourager. Nous en reparlerons cet après-midi plus en détails.

 

Je voudrais parler aussi des finances de la paroisse. Le trésorier est inquiet. L'été a vu fléchir d'une manière importante son optimisme du mois de juin. Nos finances sont un des moyens et pas le plus important : ce sont nos coeurs qui comptent pour Dieu, par nos sous. Mais si, sur quelque chose de peu important, nous fléchissons dans l'effort, est-ce que cela ne permet pas de penser que sur quelque chose de plus important, nous hésiterons à donner ?

 

La main du semeur peut être tentée de refermer sa main sur le grain. Mais il devient vraiment semeur, il assure véritablement l'avenir en ouvrant la main et en donnant ce qu'elle contient. Regardez aussi l'argent de votre porte-monnaie ou de votre compte en banque, ce qu'il contient est une grâce, une grâce dans laquelle il faut puiser pour donner aujourd'hui, même si cela vous fait pleurer.

 

Pour les enfants, les jeunes, les parents de jeunes enfants, jeunes ménages, pour nos villages, nos temples, il y a des investissements à faire, ce ne sont pas des grosses sommes, mais si nos finances sont trop justes, c'est sur ces postes que nous n'investirons pas. Nous ne pouvons pas resserrer trop les finances de notre paroisse, surtout là où il fut maintenant  travailler.

 

« Celui qui pleure quand il sème criera de joie quand il moissonnera »

 

Si nous sommes certains de pleurer devant les difficultés, soyons aussi certains de préparer de belles et généreuses moissons.

 

Amen !


 

 

 


 



 


 


 


 


 


 

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