Prédication du dimanche 20 juillet 2008

Publié le par E.R.F. - Valréas - Saint Paul Troix Châteaux

(Jc5-1)

culte à St Paul du 20 juillet 2008

Jacques 5, 1 - 6

Frères et sœurs,

 

Après s'en être pris, interpellé l'orgueilleux qui croit maîtriser le temps, l'apôtre Jacques s'en prend ici aux riches. Le propos est dur, sévère même. Il fait l'écho de l'avertissement de Jésus « nul ne peut servir deux maître, on ne peut servir à la fois Dieu et Mamon ».

La richesse est dangereuse. Si nous lui faisons une confiance mal placée, elle est capable des plus grandes trahisons. C'est le sens des images employées par l'apôtre : « votre or et votre argent sont couverts de rouille ». Nous savons et Jacques savait aussi que l'or ne rouille pas, pas plus que l'argent. Mais l'emploi de ces expressions montre à quel point la richesse peut trahir ce qu'elle est, et se corrompre quand le cœur de l'homme est corrompu.

Ce n'est pas la richesse en soi qui est mauvaise et dangereuse, c'est le cœur de l'homme qui est mauvais et dangereux. Jacques explique très simplement quel est le mauvais usage de la fortune. Ce qui est scandaleux pour l'Evangile, c'est de s'enrichir sur le dos des autres : « vous avez ramassé des richesses ... vous n'avez pas payé le salaire des ouvriers qui travaillent dans vos champs. Ecoutez leurs plaintes. »

Ce qui est décrit ici avec netteté, c'est l'égoïsme que fait naître en nous la moindre possession.

Voilà la richesse qui est condamnée ici, la richesse injuste et traîtresse, c'est celle qui s'accumule dans la poche des riches, sur le dos des travailleurs. Les slogans révolutionnaires ou syndicaux les plus véhéments du XX° et du XXI° siècle ne disent pas autre chose.

A la différence des penseurs révolutionnaires, la Bible ne raisonne pas en termes de classes. Dans la Bible, en effet, si la personne du pauvre est la première victime du riche, il n'est pas question d'idéaliser le pauvre, ni le l'identifier à la personne du juste. On peut être misérable et exploité et n'avoir comme seule ambition, non la justice sociale, mais la place du riche pour exploiter les autres.

La richesse est dangereuse et elle ne tient pas ses promesses : « vos richesses sont pourries » résume Jacques. Cela peut nous rappeler la sinistre faillite des assignats en 1785, les pertes de l'emprunt russe, la faillite des subprimes plus récemment, et même l'inflation. On croit posséder une richesse tangible, en réalité, on ne tient que du vent ou une monnaie qui devient de plus en plus légère.

Ce qui frappe dans ce passage, c'est que la fortune du riche, au lieu de lui donner une sécurité, fait peser sur lui une menace redoutable : « vous vous êtes engraissés pour le jour de la boucherie ».

D'habitude, c'est l'éleveur de bétail qui engraisse ses bêtes pour la boucherie. L'image de Jacques est autrement plus violente ; vous les riches, vous vous engraissez vous-mêmes pour la boucherie. L'homme riche qui pourrait passer pour un homme habile, adroit, se révèle en fait plus stupide que le moindre éleveur de bétail. Se fier à la richesse est pour l'Evangile une sottise lourde de gravité.

Ce n'est pas la richesse elle-même qui est condamnée, mais le mauvais emploi de la richesse, c'est la richesse qui repose sur l'exploitation de l'homme par l'homme et le cynisme de ceux qui nagent dans le luxe tandis que d'autres n'ont pas de quoi manger.

Mais le propos de l'apôtre Jacques ne peut pas être réduit à une pensée révolutionnaire. Il va beaucoup plus loin et il ajoute : « les cris de ceux qui rentrent vos récoltes sont parvenus jusqu'aux oreilles de Dieu ».

Tout le premier Testament, déjà manifeste la vigilance farouche de Dieu pour les petits, les pauvres. « J'ai entendu le cri et les souffrances de mon peuple » dit Dieu à Moïse avant de l'envoyer délivrer son peuple de l'esclavage.

Dieu n'est pas indifférent à la vie sociale et économique des êtres humains, les structures économiques et la justice sociale ne sont pas indifférentes à Dieu. On ne peut pas réduire la foi à un message de pure intériorité sans conséquences sociales et économiques.

Plus largement, le discours de Jacques nous apprend que dans ce monde il y a une autre justice que celle des hommes. Tandis que les petits souffrent à cause des puissants, Dieu entend, et la ruine menace les arrogants bardés de richesses.

Jacques n'est pas un militant syndical. Pour lui, la préoccupation exigeante, intransigeante même de l'équité est fondée sur la justice de Dieu révélée en Jésus :

« Vous avez condamné et mis à mort le juste et il ne vous a pas résisté ».

Le juste n'est pas le riche. Le juste n'est pas davantage le pauvre. Le juste dont il est question ici, le seul juste que la terre ait jamais porté, c'est le Christ.

L'enchaînement du texte nous montre clairement que Jésus Christ, le seul juste s'assimile à chacun de ceux qui sont persécutés : « ce que vous avez fait à l'un de ces petits, c'est à moi que vous l'avez fait ».

C'est vrai que Jésus n'a pas résisté quand, lui aussi, on l'a mené comme un agneau que l'on conduit à la boucherie. Jésus n'a pas résisté, mais il est ressuscité.

C'est ainsi que Dieu procède. Pour faire avancer la justice du monde, Dieu n'intervient pas comme un redresseur de torts, une sorte de Zorro.

Il vient et il ne résiste pas quand on le met à mort, mais il ressuscite. Jésus n'a pas résisté aux riches et aux puissants qui l'ont condamné à mort, car on ne résiste pas à une illusion, on lui donnerait de la consistance. Les illusions humaines tuent, elles tuent dans le monde, une par une, des milliers et des millions de personnes. Elles ont tué Jésus. Jésus n'a pas résisté aux illusions trompeuses, mais il est ressuscité d'entre les morts, pour nous montrer la vraie vie. La vie plus forte que la mort.

Jésus ne résiste pas : il fait mieux, il ressuscite. Il ne résiste pas quand on le met dehors de notre vie, il ne résiste pas, mais il ressuscite un jour où on ne l'attendait plus.

Il ne résiste pas quand on bafoue sa parole et déforme son Evangile, il ne résiste pas, il meurt et ressuscite pour mieux nous surprendre.

Il nous montre ce qu'est la paternité de Dieu, infiniment plus tonique, solide et féconde que tous les mirages auxquels nous donnons notre vie.

La mort et la résurrection de Jésus représentent le jugement sans appel de toutes nos illusions, de toutes nos richesses, de toutes nos corruptions, de toutes nos cruautés.

La mort et la résurrection de Jésus correspondent à la fin d'une manière de vivre et au début d'une nouvelle existence faite de foi, d'espérance et d'amour.

C'est là que se pose à nous une question très précise et très sérieuse.

C'est là que nous devons apprendre à renoncer à la confiance que nous mettons à tort dans les richesses de ce monde, soit que nous en possédions, soit que nous les convoitions.

C'est là que nous devons nous tourner vers celui qui nous a rachetés non pas à prix d'or ou d'argent mais au prix de son sang versé sur la croix pour lui dire : je reconnais que je suis un être humain qui croit encore dans l'importance des richesses. Libère-moi pour que je puisse participer à ton règne sur la terre comme au ciel.

C'est là, à partir de la mort et de la résurrection de Jésus dans notre vie, que se pose pour chacun de nous, d'une manière très précise la question, comment vais-je employer la fortune, même modeste dont je dispose ?

Amen !

(prière d'intercession  - à lire lentement avec des pauses)

 

Notre Dieu notre Père,

Nous te bénissons pour avoir préparé pour ton Eglise, réunie ce matin, notre nourriture dans ta Parole et dans ce pain et ce vin partagés. Nous te bénissons pour ce jour et pour la famille Gladewitz que nous te confions dans la reconnaissance.

Nous te demandons la grâce de nous libérer des richesses illusoires pour te suivre dans la joie et le service du prochain.

Nous te prions pour la famille Faure, pour toutes les personnes endeuillées. Que ta présence dans leur vie soit une lumière dans leur nuit.

Nous te prions pour les malades, les fatigués de notre entourage, dans notre famille. Le combat qu'ils livrent est aussi le tien et le nôtre, mais c'est une lutte si difficile ! Visite-les et garde-les du découragement.

Nous te prions pour notre pasteur, pour son ministère dans notre paroisse et pour sa famille. Viens les renouveler et les fortifier. Nous te prions pour le conseil presbytéral. Pour qu'il soit à l'écoute de ta parole et constant dans son service.

Nous te prions pour les autorités de notre pays à tous les niveaux : communes, départements, nation. Donne-leur de la sagesse pour exercer leur responsabilité en étant gardés des tentations que donnent le pouvoir et l'influence. Renouvelle leur zèle dans le service de bien public.

Nous te disons ensemble : Notre Père ...

 

Publié dans Prédications

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