Prédication - Dimanche 4 mai 2008

Publié le par E.R.F. - Valréas - Saint Paul Troix Châteaux

Frères et sœurs,

 

A la fin du passage lu dimanche dernier, dans le dernier verset, nous pouvions lire cette phrase de l’apôtre Jacques : « voici ce que dieu considère comme la religion pure et authentique : prendre soin des orphelins et des veuves dans leur souffrance, et se garder de toute souillure produite par la mauvaise influence du monde ».

 

Et dans ce passage qui suit que nous venons de lire, Jacques nous invite à un premier examen concret de note vie d’Eglise : quelle place faisons-nous à la personne du riche et à celle du pauvre ? Comment regardons-nous les richesses ?

 

Je vous propose de lire ce passage en explorant trois mots : la loi du monde, la loi sainte et la loi de la pitié.

 

La loi du monde tout d’abord. Notre monde vit avec une loi qui se manifeste par une hiérarchie, une organisation des valeurs. Celles-ci changent d’une époque à l’autre. Mais il y a des choses qui ne changent pas.

 

J’ai été frappé comme vous peut-être de voir comment l’exemple pris par l’apôtre est vrai aujourd’hui. La petite scène caricaturée est criante de vérité. La loi du monde consiste à faire des différences basées sur la fortune, l’apparence. On accordera sa préférence à quelqu’un qui présente bien et on se méfiera de ceux qui sont défavorisés.

 

Nous savons que ce jugement sur les apparences est trompeur. Les escrocs et les assassins ont parfois des figures d’anges et des allures de braves gens. Mais la loi du monde est ainsi faite que, comme nous ne pouvons pas explorer les reins et les cœurs, nous continuons de juger selon l’extérieur.

 

Et dans cette manière de juger, aujourd’hui comme hier, ce sont les plus pauvres qui sont écartés. Car ils ont par bien évidemment plus de mal à porter les signes extérieurs de richesse.

 

Nous vivons dans un monde d’inégalité ou la hiérarchie sociale est très importante et très dure. Et cette loi est toujours la même : plus on est pauvre, moins on a de droit, plus on est riche, plus on a de droit. Plus il y a de richesse et de pauvreté dans un pays, plus la hiérarchie sociale s’étire, plus les relations entre les riches et les pauvres deviennent distantes jusqu’à ne plus exister sinon sous la forme de méfiance, de rejet, de jalousie.

 

L’apôtre ne dit pas directement qu’il faut changer le monde et les lois du monde. Il dit que pour changer le monde, il faut qu’il y ait au moins un lieu où cette loi du monde n’existe plus, ce lieu c’est l’Eglise.

 

« vous qui vivez dans la foi en notre glorieux Seigneur Jésus Christ, vous ne devez pas en même temps agir différemment selon les personnes ».

 

Cette exhortation est dans la parfaite continuité avec la loi du peuple juif (Lév. 19,15).

 

Ni la richesse, ni la pauvreté ne doivent déterminer nos relations avec les autres. Nous devons refuser de telles pratiques. Pas parce que les pauvres seraient plus sympathiques que les riches. Pas parce que nous serions, nous, particulièrement gentils.

 

La raison, la seule invoquée par Jacques est que les pauvres ont « reçu en héritage le royaume de Dieu. Ils sont riches dans la foi » écrit Jacques. « Heureux les pauvres, car le royaume des cieux est à eux » disait Jésus sur la Montagne.

 

La vraie richesse est là !

 

L’Eglise n’existe qu’à cause de cet héritage reçu par des gens pauvres ou riches qui du coup découvrent que leurs relations sont transformées. Quand les biens matériels sont le seul critère d’appréciation des personnes, les relations se distendent. Quand les richesses spirituelles reçues sont les plus importantes, la hiérarchie naturelle du monde perd de sa force. La communauté chrétienne est un vrai laboratoire où l’on apprend la richesse des relations transformées, fondées sur Dieu. Ce laboratoire doit sans cesse être rappelé à l’ordre. Déjà Jacques rappelle ce fait, car sans cesse la loi du monde tend à devenir aussi la loi dans l’Eglise. Et cela ne doit pas être entre nous, entre chrétiens, entre Eglises du Nord et Eglises du Sud.

 

Je vous ai annoncé une deuxième expression : après la loi du monde : la loi sainte.

 

Jacques, après avoir insisté sur ce problème des relations fraternelles dans l’Eglise compromises lorsque la richesse prend une place trop importante, poursuit en élargissant son propos.

 

Il a commencé avec deux hommes qui entrent en même temps dans l’Eglise : un homme riche et un homme pauvre et il poursuit en nous rappelant le commandement sur l’adultère, et celui sur le meurtre.

 

Pour Jacques, il y a une stricte continuité entre tous ces commandements, manquer à l’un, c’est manquer aussi tous les autres.

 

Jacques écrit d’ailleurs : « si quelqu’un désobéit à un seul commandement de la loi, il se rend coupable à l’égard de tous ».

 

Jacques nous fait découvrir ici une grande loi de la vie spirituelle.

 

Le plus infime acte d’obéissance à la loi de Dieu accompli aujourd’hui constitue un point stratégique pour une autre conquête plus importante et plus difficile demain. De même une petite désobéissance aujourd’hui comme une complaisance pour une action ou une parole mauvaise entraînera une désobéissance beaucoup plus importante demain à un autre des Dix Commandements.

 

Voilà pourquoi nos plus petites actions ou décisions quotidiennes revêtent une importance infinie.

 

Voilà pourquoi, on ne peut pas isoler la question de la place faite à la personne du pauvre à la question de l’adultère et du meurtre. Toutes ces dimensions de la vie sont profondément reliées entre elles.

 

Voilà pourquoi, il n’y a pas de petit et de grand péché. Il n’y a que des vies pécheresses qui sont dans une dynamique de salut et de relèvement ou dans une dynamique de perdition.

 

Nous ne pouvons pas obéir d’emblée à toute la loi sainte de Moïse, confirmée par Jésus, mais sommes-nous en train de descendre la pente ou de la remonter ? C’est la même pente ! Mais comment nous orientons-nous, dans quel sens avançons-nous ?

 

Arrivés ici, nous pourrions vraiment nous mettre à trembler et non sans raison. Nous avons tous été complaisant soit avec une petite fraude, un propos malveillant, une pensée coupable, une attitude équivoque ou franchement mauvaise.

 

Nous sommes donc tous, sous le coup du jugement dont parle Jacques. Quand nous avons fait des grosses bêtises, nous pouvons même en concevoir un dépit ou un découragement terrible. Et Jacques a des mots très durs : « si quelqu’un désobéit à un seul des commandements de la loi, il se rend coupable à l’égard de tous … parlez et agissez en hommes qui doivent être jugés par la loi …Dieu sera sans pitié quand il jugera celui qui n’aura pas eu pitié des autres ».

 

Nous pouvons frémir d’effroi devant le jugement qui s’exercera sur nous. Personne n’en réchapperait si …

 

Mais justement, ici intervient la troisième loi, celle de la pitié. Les derniers mots de Jacques sont : « la miséricorde triomphe du jugement ».

 

Nous avons été défaillant. Nous avons été durs envers les plus pauvres que nous. Nous n’avons qu’une chose à demander à Dieu : sa miséricorde.

 

Si nous reconnaissons avoir été injustes, demandons à Dieu qu’il nous renouvelle sa grâce afin que nous devenions miséricordieux à l’égard de notre prochain. Approchons-nous tout à l’heure de la table de communion, comme des gens honteux de leur dureté de cœur, mais animé d’un repentir. Ici, au centre de cette table se trouve les signes de la miséricorde de Dieu : du pain et du vin préparé pour nous en rémission des péchés. Autour de cette table, Jésus nous précède, pauvres ou riches pour recevoir les signes de la miséricorde qui a totalement triomphé du jugement qui aurait dû nous frapper.

 

Amen !

 

Publié dans Prédications

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