Prédication - Dimanche 27 avril 2008

Publié le par E.R.F. - Valréas - Saint Paul Troix Châteaux

Frères et sœurs,

 

Avec la fin de ce chapitre 1 de l’Epître de Jacques nous sommes encore dans l’introduction des thèmes qui seront développés plus loin.

 

Je voudrais relever avec vous tout d’abord l’éloge de la lenteur : « soyez lent à parler et lent à vous mettre en colère »

 

Avant de regarder plus en détail ce que Jacques écrit à propos de la parole, je voudrais m’arrêter quelques instants sur cette lenteur répétée que nous sommes encouragés à exercer.

 

Personnellement, je n’arrête pas de me dépêcher. Il faut courir sans cesse, se hâter, gagner du temps, il faut être réactif, c'est-à-dire réagir vite et même proactif, c'est-à-dire agir avant les autres. Quand nous arrivons le dernier dans une file d’attente, on a peur d’arriver trop tard. Et celui qui travaille lentement à l’école ou dans l’entreprise est menacé.

 

L’apôtre Jacques ne nous dit pas qu’il faut devenir lent en toute chose, mais il nous rappelle que la lenteur a dans certains domaines de grandes vertus.

 

La lenteur n’est pas toujours un défaut, une tare. Il y a des choses que l’on ne peut pas hâter. Il faut le temps de les mûrir.

 

Quand le blé est semé, il faut tout le sommeil de l’hiver pour préparer la levée du grain. Il faut toujours neuf mois pour faire un bébé et encore de nombreuses années pour accéder non sans douleur, et avec combien d’hésitations à la maturité.

 

Jésus n’est pas arrivé d’un seul coup dans l’histoire, il y a eu une très lente et très longue préparation de deux mille ans depuis Abraham. Et puis quand Jésus est apparu sur terre, il a beau être le fils de Dieu, il s’est tu pendant trente ans avant d’apparaître publiquement. Et aujourd’hui, deux milles autres années après, nous n’en sommes qu’au début de l’ère nouvelle qu’il a inaugurée.

 

Quand Saul de tarse s’est converti, malgré son érudition et sa foi, il a fallu trois années obscures et assez mystérieuses avant qu’il ne devienne l’apôtre Paul.  Ici encore, beaucoup de lenteur féconde.

 

Tout ce temps qui passe et dans lequel il ne se passe rien nous exaspère souvent. Or dans la lenteur, il se passe des choses, les choses les plus importantes peut-être, ont besoin d’une réelle lenteur pour se développer solidement et s’épanouir dans note vie.

 

« Soyez lent à parler et lent à vous mettre en colère ». Jacques ne nous dit pas qu’il faut toujours se taire, il ne nous dit pas que se mettre en colère est interdit. Il nous dit que la parole et la colère ont besoin de lenteur pour être juste et solide.

 

Mais la lenteur ne suffit pas, elle n’est pas efficace toute seule. La lenteur est un peu comme un écrin destiné à recevoir un joyau.

 

« Soyez prompt à écouter … acceptez avec humilité la parole que Dieu plante dans votre cœur ». Avant de parler, même lentement, il faut écouter la parole.

 

La parole de Dieu, c’est deux choses : la première, la Parole incarnée de Dieu c’est Jésus Christ. La Parole de Dieu, c’est aussi la Parole inspirée, c’est la Bible quand elle est lue et méditée, interprétée inlassablement avec l’aide de l’Esprit Saint.

 

Et Jacques insiste très fortement pour nous demander d’être prompt à écouter la parole que Dieu veut planter dans notre cœur afin qu’elle pousse et grandisse.

 

Pourquoi faut-il écouter la parole de Dieu ? Jacques semble répondre à cette question : « parce qu’elle peut vous sauver ».

 

Quelle est donc cette parole de Dieu qui peut nous sauver de la mort, du désespoir, de la colère, de l’injustice ?

 

Je vous l’ai déjà dit, cette parole de Dieu qui peut nous sauver, c’est le Christ, mais écoutez bien cette parole faite chair qu’est le Christ a de quoi nous surprendre.

 

Le chef-d’œuvre du Christ, le chef d’œuvre suprême de Celui qu’on nomme le Tout-puissant a été de se faire crucifier comme un voleur, comme un criminel, dans l’ignominie la plus absolue. Voilà la parole qui peut nous sauver !

 

Après l’éloge de la lenteur humaine, voici l’éloge de la faiblesse que Dieu décide d’assumer. En Jésus Christ, Dieu accepte d’être rangé parmi les coupables, de se faire juger et tuer. Ici, sur la croix, ce n’est pas par sa toute-puissance que Dieu nous sauve, c’est par sa toute-faiblesse, pour nous rejoindre là où nous en sommes dans nos culpabilités qui sont bien réelles et dans nos souffrances qui sont aussi bien réelles. Dieu est tout-puissant, c’est vrai, mais c’est dans cette faiblesse acceptée par le Fils de Dieu sur la croix qu’Il nous sauve.

 

Vous me direz peut-être : quand même il n’y a pas que de la faiblesse, il y a Pâques le triomphe et la victoire de Pâques. C’est vrai, mais le dimanche matin, le jour de Pâques, le jour de la résurrection des morts, il ne s’est rien passé. Les femmes au tombeau, puis les deux à Emmaüs, puis les Onze n’ont fait que constater ce qui s’était passé durant les trois jours où Jésus Christ est descendu dans le séjour des morts.

 

C’est là dans le séjour des morts, c’est là dans l’ombre et sans témoin que la mort a été vaincue, c’est là que toute la colère du monde, toute l’injustice du monde, tout le péché du monde a été vaincu.

 

« Soyez lents à parler et soyez lents à vous mettre en colère », car dans vos relations avec les autres, vous serez le miroir de ce que vous avez compris, reconnu et accepté de la relation que Dieu avec vous, qui a consenti à la plus grande des faiblesses pour se mettre à notre niveau.

 

Voilà pourquoi Jacques demande à ses lecteurs de prendre soin de la veuve et de l’orphelin qui n’avaient plus de statut, mais avaient la position la plus fragile dans la société de cette époque.

 

Jacques ne nous livre pas une morale sociale à bon marché pour que nous soyons gentils. En nous demandant de prendre soin des plus faibles, il nous rappelle que fondamentalement, Dieu s’est rangé du côté des plus solitaires et des plus démunis pour les consoler, les relever, les sauver.

 

Dans la nature, quand survient une menace comme une famine, ce sont les plus forts qui s’en sortent. Les plus faibles sont éliminés. Les êtres humains naturellement prennent soin de ce qui va bien, nous prenons soin de ceux qui vont bien. Nous bichonnons notre voiture quand elle est neuve, mais nous la négligeons quand elle est usée. Les agents de sécurité dans les lieux publics et les moyens de transports collectifs savent bien qu’il faut éviter le premier graffiti. Quand la première dégradation n’est pas supprimée, toutes les autres suivent. Et ce que nous faisons avec les objets, nous le faisons aussi avec les humains…

 

Heureusement pour nous, Dieu lui, fait exactement le contraire, il prend un soin infini avec une espérance illimitée pour ce qui, à nos yeux, serait irrémédiablement fichu, condamné, perdu. Et il répare, nourrit, relève, restaure, redonne vie.

 

Soyez lents à parler, car autour de vous, votre parole aura beaucoup d’importance et d’impact.

 

Soyez lents à vous mettre en colère pour que votre colère soit sainte, calme et féconde là où vous êtes.

 

Amen !

 

Publié dans Prédications

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