Prédication - Dimanche 13 avril 2008

Publié le par E.R.F. - Valréas - Saint Paul Troix Châteaux

Face à l’humiliation :

vivre comme une créature, dans l’acceptation et la foi.


Frères et sœurs,

 

 

Dans le passage que je vous ai lu, nous restons dans l’introduction de l’Epître. L’apôtre Jacques aborde quelques thèmes qu’il développera plus tard au fil des cinq chapitres.

 

Dans ce passage trois thèmes sont abordés. Peut-être même quatre, apparemment sans lien les uns avec les autres, dans un enchaînement un peu décousu :

 

Le premier thème est celui de la sagesse : « si la sagesse fait défaut à l’un de vous, qu’il la demande » ; le second thème est la personne du pauvre, suit ensuite la personne du riche : « que le frère de condition modeste tire fierté de son élévation et le riche de son déclassement » ; Le troisième thème est celui de la tentation : « Que nul quand il n’est tenté ne dise : ma tentation vient de Dieu ». Un quatrième thème peut être reconnu dans le verset 13, souvent avec lu avec la suite du passage sur la tentation, il concerne l’épreuve : « Heureux l’homme qui endure l’épreuve, car il recevra la couronne de vie ».

 

Nous pourrions ce matin ensemble regarder ces thèmes un par un et voir comment Jacques les aborde dans cette introduction puis dans l’ensemble de l’Epître. Nous pourrions tirer des enseignements utiles pour notre vie sur la sagesse, la pauvreté, la tentation. Mais cela, nous le ferons au cours des dimanches qui suivent. Aujourd’hui, au niveau d’une introduction, je vous propose de porter un regard d’ensemble sur ce passage.

 

Il me semble qu’une approche globale de ces thèmes met particulièrement en évidence la cruauté qui s’exerce dans le monde : cruauté dont nous sommes parfois les victimes et parfois les auteurs.

 

Celui qui manque de sagesse dans sa vie, c'est-à-dire celui qui ne parvient pas à marcher droit dans sa vie privée, dans sa vie professionnelle, dans sa vie sociale est méprisé d’une manière profonde et durable. Il est comme marqué au fer rouge par le regard social. Nous sommes capables d’avoir des mots d’une grande dureté pour décrire la vie de quelqu’un qui manque de sagesse et vit dans le désordre.

 

La pauvreté nous indigne, oui, elle nous émeut, quand elle est valorisée par les médias, pendant quelques jours, mais la personne du pauvre, elle est socialement méprisée par une société qui fabrique de la pauvreté et des pauvres en tout : en valeurs morales, en argent, en amis.

 

Les tentations qui restent rarement au niveau des tentations deviennent autant d’occasion de honte dont il est difficile de sortir à ses propres yeux et parfois aux yeux des autres. Nous avons des paroles et des attitudes sociales implacables et méprisantes à l’égard de ceux qui ne résistent pas à certaines tentations.

 

Ces trois thèmes abordés très vite au début de l’Epître par Jacques, mettent en évidence, les humiliations que nous subissons et que parfois nous faisons subir aux autres.

 

Ces trois thèmes qui sont trois réalités, ont enfin une commune caractéristique : qui est d’abîmer très profondément le regard que l’on porte sur soi-même. Le sot finit assez vite par se mépriser pour ses échecs répétés, ainsi que le pauvre et celui qui est sans cesse tenté par des idées étranges. Le mépris, la honte sociale finissent par devenir la vie intérieure, tout l’horizon de l’existence.

 

Regardons la pédagogie de l’apôtre Jacques pour sortir de l’humiliation. Il procède en trois étapes : créature, acceptation et foi.

 

La première étape consiste à se reconnaître comme une créature de Dieu. Si quelqu’un manque de sagesse qu’il la demande à Dieu écrit Jacques.

 

Dans le passage sur la pauvreté et la richesse, l’apôtre invite l’être humain à se considérer comme la fleur devant le soleil, dans la même fragilité que la créature devant le créateur. Il évoque ensuite l’intervention de la justice qui un jour, au dernier jour, rétablira toutes choses : « le riche dans ses entreprises se flétrira … l’homme qui endure l’épreuve recevra la couronne de vie».

 

Enfin, face à la tentation, Jacques rappelle que Dieu ne tente jamais personne.

 

En évoquant ainsi ce qui humilie profondément les hommes dans leur vie intérieure et leur vie sociale, Jacques invite tout d’abord ses lecteurs à se comprendre non pas comme un être seul, mais comme une créature de Dieu. Cela veut dire que ma vie, je ne me la suis pas donné à moi-même, mais que je la reçois chaque jour de mon créateur. Je n’ai pas été créé une fois pour toute, chaque jour, je suis créé pour ce jour et je dois en prendre conscience.

 

La vie qui t’est donnée aujourd’hui, tu dois la recevoir aujourd’hui de Dieu. Quand tu es humilié par telle ou telle circonstance, le regard des autres t’accable et le regard que tu portes sur toi-même est parfois pire. Et bien considère qu’un autre te regarde comme son enfant. Il est ton créateur et Il n’a pas finit de modeler ta vie, Il a pour toi un projet, un beau projet.

 

Tu es fait pour être en relation avec ton créateur.

 

La deuxième étape de la pédagogie de Jacques pour sortir de l’humiliation, consiste de ne pas chercher à se justifier, mais accepter la réalité de ce que l’on est, accepter la réalité telle qu’elle est.

 

Quand on a fait une sottise, quand on a perdu de l’argent, quand on a pas résisté à une tentation misérable, on cherche généralement à se justifier : c’était pas de ma faute, c’était les événements, peut-être même Dieu qui a voulu cela, je suis fait comme cela, personne ni peut rien.

 

Jacques coupe court à ce processus d’auto-justification. « Si tu manques de sagesse, demande-la ; si tu es pauvre, tire fierté de ton élévation, si tu es riche, tire fierté de ton déclassement », si tu es tenté, rappelle-toi que tu es responsable : « chacun est tenté selon sa propre convoitise ».

 

Jacques nous invite ainsi à nous accepter tels que nous sommes, à reconnaître nos erreurs. Ne plus vouloir se justifier, ne plus chercher à nier les faits est en fait souvent dans notre vie, une forme de bonne santé morale et de joie de vivre retrouvée.

 

Fondamentalement, s’accepter soi-même, accepter d’être soi-même, sans accabler les autres, le monde, le mauvais sort ou Dieu, c’est devenir vraiment responsable de soi et se mettre en route dans une nouvelle dynamique.

 

La troisième étape pour sortir de l’humiliation, c’est la foi en Jésus …

 

Alors là, surprise, dans le texte de Jacques, que je vous ai lu, le nom de Jésus, sa personne, sa vie n’est pas évoquée une seul fois d’une manière explicite.

 

Pourtant, je crois que tout entier, ce passage vibre de la vie du Christ. D’abord, n’oublions pas ce que nous avons lu dimanche dernier, c’est en tant que serviteur du Seigneur Jésus christ, que Jacques écrit. C’est son seul titre et sa seule autorité.

 

Mais considérons ceci : quand Jacques écrit « que celui qui manque de sagesse, la demande à Dieu qui donne avec simplicité à tous et sans faire de reproche. Elle lui sera donnée, mais qu’il demande sans éprouver de doute ».

 

Il ne peut écrire cela qu’à partir des promesses de Jésus, venu pour tous les hommes, pour que tous aient un accès direct à Dieu. Jacques je fait que prolonger l’enseignement de Jésus : frappez et l’on vous ouvrira, demandez et l’on vous donnera. Tout ce que vous demanderez en mon nom, mon Père vous l’accordera.

 

Que le pauvre tire fierté de son élévation et le riche de son déclassement est tout entier un écho à l’œuvre du Christ, qui de riche s’est fait pauvre afin que nous soyons enrichis.

 

Heureux l’homme qui endure l’épreuve est un prolongement de l’enseignement sur le Sermon sur la montagne.

 

Le verset 18 qui clôt ce passage est comme un concentré de l’Evangile de Jean : « de sa propre volonté, il nous a engendrés par sa parole de vérité afin que nous soyons pour ainsi dire les prémices de ces créatures ».

 

Ce sont les mots du Christ, c’est toute l’œuvre du Christ qui constitue l’enseignement de Jacques. Parce qu’en réalité, c’est l’enseignement du Christ, la vie du Christ qui doit devenir notre vie.

 

Jésus lui-même a été humilié. Il a été tenté, il a été moqué, il a été mis au ban de la société, il a été dépouillé de tout, on lui a tout enlevé, même un instant sa condition filiale : « Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

 

Jésus nous rejoint au plus bas de nos humiliations, il communie avec nos souffrances. Le plus important, ce n’est plus nos souffrances, nos problèmes en eux-mêmes, le plus important, c’est que Jésus vit avec nous nos problèmes et nos humiliations. Être avec lui dans nos peines, par la foi, c’est entrer déjà dans le chemin de la vie et faire nos premiers pas dans une direction radicalement nouvelle.

 

Humilié, méprisé, Jésus n’a pas répondu à Pilate, ni au Grand-Prêtre, mais au sommet de l’humiliation, sur la croix, Jésus a répondu à un autre crucifié, lui aussi au sommet de l’humiliation ou au plus bas et il lui a montré le chemin de la vie.

 

Jésus n’a pas changé. A l’homme ou la femme humilié, il dit tu es enfant de Dieu, accepte-toi tel que tu es, sans plus chercher à te justifier et avec moi tu changeras.

 

Amen !

 

 

Publié dans Prédications

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